De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/101

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/101/100 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/101/102

[original French]

chaque groupe, pris lui-même pour individu, concourt à développer une force nouvelle, qui sera d'autant plus grande que les fonctions associées seront plus nombreuses, leur harmonie plus parfaite, et la prestation des forces, de la part des citoyens, plus entière.

En résumé, ce qui produit le pouvoir dans la société et qui fait la réalité de cette société elle-même, est la même chose que ce qui produit la force dans les corps, tant organisés qu'inorganisés, et qui constitue leur réalité, à savoir le rapport des parties. Supposez une société dans laquelle tout rapport viendrait à cesser entre les individus, où chacun pourvoirait à sa subsistance dans un isolement absolu : quelque, amitié qui existât entre ces hommes, quelle que fût leur proximité, leur multidude ne formerait plus un organisme, elle perdrait toute réalité et toute force. Semblable à un corps dont les molécules auraient perdu le rapport qui détermine leur cohésion, au moindre choc elle tomberait en poussière.

D. — Dans le groupe industriel, la force collective s'aperçoit sans difficulté : l'accroissement de production la démontre. Mais dans le groupe politique, à quel signe la reconnaître? En quoi se distingue-t-elle de la force des groupes ordinaires? Quel est son produit spécial, et de quelle nature sont ses effets ?

R. — De tout temps le vulgaire a cru voir la puissance sociale dans le déploiement des forces militaires, dans la construction des monuments, l'exécution des travaux d'utilité publique.

Mais il est clair, d'après ce qui vient d'être dit, que toutes ces choses, quelle qu'en soit la grandeur, sont des effets de la force collective ordinaire : peu importe que les groupes producteurs, entretenus aux frais de l'Etat, soient à la dévotion du prince, ou qu'ils travaillent pour leur propre compte. Ce n'est pas là que nous devons chercher les manifestations de la puissance sociale.

Les groupes actifs qui composent la cité différant entre eux d'organisation, comme d'idée et d'objet, le rapport qui les unit n'est plus tant un rapport de coopération, qu'un rapport de commutation. La force sociale aura donc pour caractère d'être essentiellement commutative; elle n'en sera pas moins réelle.

[English translation]

in which each group, taken itself for individual, contributes to develop a new force, which of will be even greater as the associated functions will be more numerous, their harmony more perfect, and the service of the forces, on behalf of the citizens, more complete.

In short, that which produces power in society and comprises the reality of this society itself is the same thing that produces force in bodies, organized as well as unorganized, and that constitutes their reality, namely the relation of the parts. Suppose a society in which any relation has suddenly ceased between the individuals, where each would provide for his own subsistence in an absolute isolation: whatever amity existed between these men, whatever proximity, their multitude would no longer form an organization, it would lose all reality and all force. Like a body whose molecules have lost the relation that determines their cohesion, at the least shock, it would collapse into dust.

Q. — In the industrial group, the collective force can be perceived without difficulty: the increase in production shows it. But in the political group, by what signs can one recognize it? In what respect is it distinct from the force of ordinary groups? What is its special product, and what are the nature of its effects?

A. — From time immemorial, the vulgar believed to see the social power in the deployment of the military forces, in the construction of the monuments, the completion of the work of public utility. But it is clear, according to what has been just said, that all of these things, whatever their size, are effects of the ordinary collective force: it does not matter whether the productive groups, being maintained at the expense of the State, are loyal to the prince, or whether they work for themselves. It is not there that we must seek the manifestations of the social power.

The active groups which make the city differing from one another in organization, as well as in their idea and object, the relation that links them is no longer really a relation of cooperation but a relation of commutation. The character of the social force will thus be primarily commutative; it will be no less real.