De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/104

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[original French]

de leurs rivaux, souvent contre le vœu des populations elles-mêmes.

D. — Ceci change toutes les idées reçues sur l'origine du pouvoir, sur sa nature, son organisation et son exercice. Comment croire que de telles idées aient pu s'établir partout, si véritablement on doit les tenir pour fausses ?

R. — L'opinion des anciens peuples sur la nature et l'origine du pouvoir social est un témoignage de sa realité. Le pouvoir est immanent dans la société comme l'attraction dans la matière, comme la Justice au cœur de l'homme. Cette immanence du pouvoir dans la société résulte de la motion même de société, puisqu'il est impossible que des unités, atomes, monades, molécules, ou personnes, étant agglomérées, ne soutiennent pas entre elles des rapports, ne forment pas une collectivité, de laquelle jaillit une force. D'où il suit que le pouvoir dans la société, comme la pesanteur dans les corps, la vie dans les animaux, la Justice dans la conscience, est chose sui generis, réelle et objective, dont la négation, la société étant donnée, implique contradiction.

Par son pouvoir, de tous ses attributs le premier et le plus substantiel, l'être social fait donc acte de réalité et de vie; il se pose, il entre dans la création, au même titre et sous les mêmes conditions d'existence que les autres êtres.

C'est ce que les premiers peuples sentaient, mais qu'ils exprimèrent sous une forme mystique, quand ils rapportèrent l'origine de la puissance sociale aux dieux, de qui leurs dynasties étaient filles. Leur raison naïve, plus sûre que leurs sens, se refusait à admettre que la société, que l'Etat, que le pouvoir qui s'y manifeste, ne fussent que des abstractions, bien que ces choses demeurassent invisibles.

Et c'est ce que les philosophes n'ont pas vu, quand ils ont fait naître l'Etat du libre arbitre de l'homme, ou pour mieux dire de l'abdication de sa liberté, anéantissant ainsi par leur dialectique ce que la religion avait mis tant de soin à établir.

D. — Une condition essentielle du pouvoir est son unité. Comment cette unité sera-t-elle assurée si les groupes formateurs restent égaux, si aucun n'obtient sur les autres la prépondérance? Or, si cette prépondérance est accordée,

[English translation]

of their rivals, often against the wish of the populations themselves.

Q. — This changes all the generally accepted ideas on the origin of power, on its nature, its organization and its exercise. How can one believe that such ideas could be established everywhere, if truly one must hold them to be false?

A. — The opinion of ancient peoples on the nature and the origin of social power is a testimony of its reality. Power is immanent to society just as attraction is to matter, as is Justice to the heart of man. This immanence of power in society follows from the very concept of society, since it is impossible that the units, atoms, monads, molecules, or people, being agglomerated, should not maintain relations with one another, forming a collectivity from which a force springs. From where it follows that power in society, like gravity in bodies, life in animals, Justice in the conscience, is thing sui generis, real and objective, the negation of which, given the fact of society, would imply a contradiction. By its power, the first and most substantial of all its attributes, the social being thus makes the act of reality and life; it is posited, it is created, on the same basis and under the same conditions of existence as other beings.

This is what the first people felt, but what they expressed in a mystical form, when they traced the origin of the social power to the gods, from whom their dynasties were descended. Their naive reason, surer than their senses, refused to admit that society, the State, the power that is manifested in them, were only abstractions, although these things remained invisible.

And it is what the philosophers did not see, when they gave birth to the State from the free will of man, or more accurately the abdication of his freedom, thus destroying by their dialectic what religion had taken such care to establish.

Q. — An essential condition of power is its unity. How this unity be will assured if the formative groups remain equal, if none obtains on the others the preponderance? However, if this preponderance is granted,