De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/107

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[original French]

répartition, régulièrement accomplie sous la loi de Justice, n'est autre chose que la formule d'accroissement de la liberté même.

D. — Quelle différence faites-vous de la politique et de l'économie ?

R. — Au fond, ce sont deux manières différentes de concevoir la même chose. On n'imagine pas que les hommes aient besoin, pour leur liberté et leur bien-être, d'autre chose que de force ; pour la sincérité de leurs relations, d'autre chose que de Justice. L'économie suppose ces deux conditions : que pourrait donner de plus la politique?

Dans les conditions actuelles, la politique est l'art, équivoque et chanceux, de faire de l ordre dans une société où toutes les lois de l'économie sont méconnues, tout équilibre détruit, toute liberté comprimée, toute conscience gauchie, toute force collective convertie en monopole.


INSTRUCTION II
De l'appropriation des forces collectives, et de la corruption du pouvoir social.

D. — Se peut-il qu'un phénomène aussi considérable que la force collective, qui change la face de l'ontologie, qui touche presque à la physique, se soit dérobé pendant tant de siècles à l'attention des philosophes? Comment, sur une chose qui les intéresse à si haut degré, la raison publique d'une part, l'intérêt personnel de l'autre, se sont- ils laissé tromper si longtemps ?

R. — Rien ne vient qu'avec le temps, dans la science comme dans la nature. Tout commence par un infiniment petit, par un germe, d'abord invisible, qui se développe peu à peu, et tend à l'infini. En sorte que la persistance des erreurs est en raison même de la grandeur des vérités. Qu'on ne soit donc pas surpris si la puissance sociale, inaccessible aux sens malgré sa réalité, a semblé aux premiers hommes une émanation de l'Etre divin, à ce titre le digne objet de leur religion. Moins ils savaient, par l'ana-

[English translation]

distribution, regularly accomplished under the law of Justice, is nothing other than the formula for an increase in freedom itself.

Q. — What differentiation do you make between politics and economics (55)?

A. — At base, they are two different ways of naming the same thing. One does not imagine that men need, for their freedom and their well-being, anything but force; for the sincerity of their relations, anything but Justice. Economy presupposes these two conditions: what more could politics yield?

Under current conditions, politics is the equivocal and risky art of making order in a society in which all laws of economy are ignored, all balance destroyed, every freedom compromised, every conscience warped, all collective force converted into a monopoly.


INSTRUCTION II

Of the appropriation of the collective forces, and the corruption of the social power.

Q. — Is it possible that a phenomenon as considerable as that of the collective force, which changes the face of ontology, which almost touches physics, could have been concealed for so many centuries from the attention of the philosophers? How, in relation to something that interests them so closely, did the public reason, on the one hand, and personal interest, on the other, let themselves be misled for such a long time?

A. — Nothing comes except with the passage of time, in science as in nature. All starts with the infinitely small, with a seed, initially invisible, which develops little by little, toward the infinite. Thus, the persistence of error is proportional to the size of the truths. Thus, one is thus not surprised if the social power, inaccessible to the senses in spite of its reality, seemed to the first men an emanation of the divine Being, for this reason the worthy object of their religion. As little as they knew how to realize it through analysis,