De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/108

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[original French]

lyse, s'en rendre compte, plus vif en était chez eux le sentiment, bien différents en cela des philosophes qui, venus plus tard, firent de l'Etat une restriction de la liberté des citoyens, un mandat de leur bon plaisir, un néant. A peine si, aujourd'hui encore, les économistes nomment la force collective. Après deux mille ans de mysticisme politique, nous avons eu deux mille ans de nihilisme : on ne saurait nommer autrement les théories qui régnent depuis Aristote.

D. — Quelle a été, pour les peuples et pour les Etats, la conséquence de ce retard dans la connaissance de l'Etre collectif?

R. — L'appropriation de toutes les forces collectives et la corruption du pouvoir social; en termes moins sévères, une économie arbitraire et une constitution artificielle de la puissance publique.

D. — Expliquez-vous sur ces deux chefs.

R. — Par la constitution de la famille, le père se trouve naturellement investi de la propriété et de la direction de la force résultant du groupe familial. Bientôt cette force s'accroît du travail des esclaves et des mercenaires, dont elle concourt à augmenter le nombre. La famille devient tribu : le père, conservant sa dignité, voit croître d'autant la puissance dont il dispose. C'est le point de départ, le type de toutes les appropriations analogues. Partout où se forme un groupe d'hommes, ou une puissance de collectivité, là se forme un patriciat, une seigneurie.

Plusieurs familles, plusieurs entreprises, se réunissant, forment une cité : la présence d'une force supérieure se fait aussitôt sentir, objet de l'ambition de tous. Qui en deviendra le dépositaire, le bénéficiaire, l'organe? D'habitude, ce sera celui des chefs qui compte dans sa seigneurie le plus d'enfants, de parents, d'alliés, de clients, d'esclaves, de salariés, de bêtes de somme, de capitaux, de terres, qui, en un mot, dispose de la plus grande force de collectivité. C'est une loi de la nature que la force la plus grande absorbe et s'assimile les forces plus petites, et que la puissance domestique devienne un titre à la puissance politique : aussi n'y a-t-il de compétition pour la couronne que parmi les forts. On sait ce que devint la dynastie de Saul, fondée par Samuel au mépris de cette loi, et quelle peine le roi Jean, surnommé Sans-Terre, eut à s'affermir

[English translation]

they had a keener sense of it, quite different in this respect from the philosophers who, arriving later, made of the State a restriction on the freedom of citizens, a mandate of their whim, a nothingness. Even today, the economists have barely identified the collective force. After two thousand years of political mysticism, we have had two thousand years of nihilism: one could not use another word for the theories which have held sway since Aristotle (56).

Q. — What was the consequence of this delay in knowledge of the collective Being for peoples and States?

A. — The appropriation of all collective forces and the corruption of social power; in less severe terms, an arbitrary economy and an artificial constitution of the public power.

Q. — Explain yourself on these two headings.

A. — By the constitution of the family, the father is naturally invested with the ownership and direction of the force issuing from the family group. This force soon increases from the work of slaves and mercenaries, the number of which it contributes to increase. The family becomes a tribe: the father, preserving his dignity, sees the power he has grow proportionately. It is the starting point, the type of all such appropriations. Everywhere where a group of men is formed, or a power of community, there is formed a patriciate, a seigniory.

Several families, several societies, together, form a city: the presence of a superior force is felt at once, the object of the ambition of all. Who will become its agent, its recipient, its organ? Usually, it will be that of the chiefs who hold sway over the most children, parents, allies, clients, slaves, employees, beasts of burden, capitals, lands – in a word, those who have at their disposal the greatest force of collectivity. It is a natural law that the greater force absorbs and assimilates the smaller forces, and that domestic power becomes a title of political power, and only the strong may compete for the crown. One knows what became of the dynasty of Saul, founded by Samuel in contempt of this law, and the difficulty of King John, called Lack-Land, in gaining the throne of England. He never would have triumphed