De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/111

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/111/110 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/111/112

[original French]

travail, la défense et la Justice. D'après la conception empirique suggérée par l'aliénation du pouvoir, c'est la société au contraire qui naît de lui ; il en est le générateur, le créateur, l'auteur; il est supérieur à elle : en sorte que le prince, de simple agent de la république que le veut la vérité, en est fait le souverain, et, comme Dieu, le justicier.

La conséquence est que le prince, occupé de sa domination personnelle, au lieu d'assurer et de développer le pouvoir social, se crée, par l'armée, la police et l'impôt, une force particulière, capable de résister à toute attaque de l'intérieur et de contraindre au besoin la nation à l'obéissance : c'est cette force princière qui s'appellera désormais le pouvoir. Napoléon III, comme Napoléon Ier, dit mon armée, ma flotte, mes ministres, mes préfets, mon gouvernement; et il a raison de le dire, car rien de tout cela n'est plus à la nation, tout cela au contraire est contre la nation.

D. — Comment, dès lors, se conçoit la Justice?

R. — Comme une émanation du pouvoir, ce qui est la négation même de la Justice. En effet, dans la condition normale de la société, la Justice domine le pouvoir, de la balance et de la distribution duquel elle fait une loi. Sous le régime dynastique, le pouvoir domine la Justice, qui devient un attribut, une fonction de l'autorité. De là, la subordination de la Justice à la raison ffEtat, dernier mot de l'ancienne politique, condamnation de tous les gouvernements qui la suivent, et que le christianisme, en y ajoutant la raison du salut, n'a point sanctifiée. Que les princes et les prêtres se querellent pour l'exercice du pouvoir : ni les uns ni.les autres n'en sont dignes, parce que tous ils méconnaissent la suprématie du droit.

D. — Comment, dans ce système d'usurpation, se déterminent les rapports des citoyens quant aux personnes, quant aux services, et quant aux biens?

R. — Telle est la Justice devant le pouvoir, telle elle sera dans la nation : c'est à dire que, la Justice étant regardée comme une émanation de la force, tant humaine que divine, la force devient en tout et pour tout la mesure du droit, et que la société, au lieu de reposer sur l'équilibre des forces, a pour principe l'inégalité, c'est àdire la négation de l'ordre.

[English translation]

labor, defense, and Justice. According to the empirical conception suggested by the alienation of power, it is, on the contrary, society which is born naked from it; it is the generator (58), the creator, the author; he is higher than it: so that the prince, instead of being the simple agent of the republic as truth wants it, is made sovereign by the republic, and, like God, the dispenser of justice.

The consequence is that the prince, occupied with his personal domination, instead of ensuring and developing the social power, creates for himself, through the army, the police force and the tax, a particular force, able to resist any attack from the interior and to compel the nation to obedience at need: it is this princely force which will be called from now on the power. Napoleon III, like Napoleon I, says my army, my fleet, my ministers, my prefects, my government; and he is right to say this, because none of these belongs to the nation any longer; on the contrary, all of these are against the nation.

Q. — How, then, is Justice to be conceived?

A. — As an emanation of power, that which is the very negation of Justice. Indeed, under the normal condition of society, Justice dominates power, the balance and the distribution of which it makes a law. Under the dynastic mode, power dominates Justice, which becomes an attribute, a function of authority. From whence the subordination of Justice to raison d’État, the last word of the old politics, judgment of all the governments which follow it, and that Christianity, by adding the reason of salvation [raison du salut] to it, did not sanctify it at all. Princes and priests quarrel over the exercise of power: neither the ones nor the others are worthy of it, because they all ignore the supremacy of right.

Q. — How, in this system of usurpation, are the relations of citizens determined as to persons, services, and goods?

A. — Such is Justice before power, such will it be in the nation: i.e., Justice being seen as an emanation of force, as much human as divine, force becomes, in sum, the measure of right, and society, instead of resting on the balance of forces, has inequality for its principle, i.e., the negation of order.