De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/112

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[original French]

D. — Quelle peut être, après tout cela, l'organisation sociale et politique?

R. — Il est facile de s'en rendre compte. Les forces collectives appropriées, la puissance publique convertie en apanage, les individus et les familles, déjà inégaux par le hasard de la nature, le deviennent davantage par la civilisation : la société se constitue en hiérarchie. C'est ce qu'exprime la religion dynastique et le serment de fidélité à la personne impériale. Dans ce système il est de principe que la Justice, ou ce qu'on appelle de ce nom, penche toujours du côté du supérieur contre l'inférieur : ce qui, sous l'apparence d'une autocratie inéluctable, est l'instabilité même.

Et, chose triste, tout le monde est ici complice du prince, l'esprit d'égalité que la Justice crée dans l'homme étant neutralisé ou aboli par le préjugé contraire, que rend invincible l'aliénation de toute force collective.

D. — Comment, dans ce travestissement de la Justice, de la société et du pouvoir, se conserve l'unité?

R. — La nature des choses veut que l'unité résulte de la balance des forces, rendue obligatoire par la Justice, qui devient ainsi le véritable souverain, et qui, en cette qualité, donne la consigne à tous les participants de la puissance publique. Maintenant l'unité consistera dans absorption en la personne du prince de toute faculté, de tout intérêt, de toute initiative : c'est la mort sociale. Et comme la société ne peut ni mourir ni se passer d'unité, l'antagonisme s'établit entre la société et le pouvoir, jusqu'à ce qu'arrive la catastrophe.

D. — Dans cet état de choses, l'amoindrissement du pouvoir a semblé de tout temps une garantie pour la société : en quoi consiste et à quoi peut servir une telle réduction?

R. — A part ce que le prince possède à titre de patrimoine ou domaine privé; à part aussi le commandement des armées, la perception de l'impôt et la nomination des fonctionnaires, le principe est qu'il abandonne le surplus, terres, mines, cultures, industries, transports, banques, commerce, éducation, à la libre jouissance, disposition absolue, concurrence effrénée ou coalition immorale de la classe privilégiée. Ce qui est du domaine économique est

[English translation]

Q. — After all that, what must the social and political organization be?

R. — It is easy to render an account of it. The collective forces having been appropriated, public power having been converted into an inheritance, individuals and the families, already unequal by the chance of nature, having become more so by civilization, society is constituted as a hierarchy. This is what was expressed by the dynastic religion and the oath of fidelity to the imperial person. In this system, it is by principle that Justice, or what is called by this name, always weighs on the side of the superior against the inferior: which, under the appearance of an inescapable autocracy, is instability itself.

And, sad to say, all the world is here complicit with the prince: the spirit of equality which Justice creates in man was neutralized or destroyed by the contrary prejudice, which renders invincible the alienation of all collective force.

Q. — How, in this travesty of Justice, society, and power, is unity preserved?

A. — The nature of things implies that unity should result from the balance of forces, made compulsory by Justice, which thus becomes the true sovereign, and which, in this capacity, educates all the participants in public power. Today, unity consists in the absorption of any faculty, any interest, any initiative by the person of the prince: it is social death. And as society can neither die nor do without unity, antagonism is established between society and power, until the catastrophe arrives.

Q. — In this state of affairs, the diminution of power from time immemorial seemed a guarantee for society: of what does such a reduction consist, and for what can it serve?

R. — Apart from what the prince has by way of inheritance or private domain, apart from the command of the armies, the collection of taxes and the appointment of civil servants, the principle is that he hands over the surplus, lands, mines, cultures, industries, transportation, banks, trade, education, to the whims, to the absolute disposition, to the unrestrained competition or immoral coalition of the privileged class. What enters into the province of economy