De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/113

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[original French]

censé ne le regarder point ; il ne doit se mêler de rien. En un mot, l'abandon à une caste de feudataires de la véritable force sociale, voilà ce que l'on appelle limite du pouvoir, et qu'on décore du nom de libertés publiques, transaction absurde, qu'aucun gouvernement n'est maître de tenir, et qui ne tardera pas à devenir un nouveau ferment de révolution. Aujourd'hui, en France, l'empereur est maître de tout : mais par cela même il s'est mis en un danger toujours croissant de perdre tout : ce que l'avenir, de façon ou d'autre, démontrera.

D. — Ainsi conditionné, le pouvoir est sans objet.

R. — Non pas : l'objet du pouvoir est précisément alors de maintenir ce système de contradictions, en attendant la Justice et comme une image renversée de la Justice.

D. — Donnez la synonymie du pouvoir.

R. — La constitution artificielle du pouvoir en ayant altéré la notion, la langue devait s'en ressentir : ici, comme partout, les mots sont la clef de l'histoire.

Considéré comme apanage du prince, comme son établissement, sa profession, son métier, le pouvoir social a été dit l’Etat. Comme les gens du peuple, le roi dit : mon Etat, ou mes Etats, pour mon domaine, mon établissement. — La Révolution, transportant du prince au pays la propriété du pouvoir, a conservé ce mot, synonyme aujourd'hui de res publica, république.

En tant que le personnel du pouvoir est censé régir la nation et présider à ses destinées, on donne à ce personnel et au pouvoir lui-même le nom de gouvernement, expression aussi fausse qu'elle est ambitieuse. En principe, la société est ingouvernable; elle n'obéit qu'à la Justice, à peine de mort. En fait, les soi-disant gouvernements, libéraux et absolus, avec leur arsenal de lois, de décrets, d'édits, de statuts, de plébiscites, de règlements, d'ordonnances, n'ont jamais gouverné qui ou quoi que ce fût. Vivant d'une vie tout instinctive, agissant au gré de nécessités invincibles, sous la pression de préjugés et de circonstances qu'ils ne comprennent point, le plus souvent se laissant aller au courant de la société qui de temps à autre les brise, ils ne peuvent guère, par leur initiative, faire autre chose que du désordre. Et la preuve, c'est que tous finissent misérablement.

[English translation]

is supposed not to concern him at all; it must not be interfered with. What one calls the limit of power, in a word, is the surrender of the true social force to a feudal caste, which is decorated with the name of civil liberties: an absurd transaction that no government can support, and that will before long serve as a new leavening agent for the revolution. Today, in France, the emperor is master of all: but by the same token, he has always put himself in danger of losing everything: thus time shall tell, one way or another.

Q. — Thus conditioned, power is without an object.

A. — No: the object of power is precisely then to maintain this system of contradictions, in the absence of Justice and as an inverted image of Justice.

Q. — Give the synonymy of power.

A. — The artificial constitution of power having deteriorated its concept, language was to feel the effects: here, as everywhere, words are the key to history.

Regarded as the inheritance of the prince, as his establishment, his profession, his trade, the social power was called the State. Like the common people, the king said: my State, or my Estates, for my domain, my establishment. — The Revolution, transporting from the prince to the country the property of power, preserved this word, today synonymous with the res publica, the republic.

As the personnel of power is supposed to govern the nation and to govern its destinies, one gives to this personnel and to power itself the name of government, an expression as false as it is ambitious. In theory, society is ungovernable; it obeys only Justice, on pain of death. In fact, the so-called governments, liberals and absolutes, with their arsenal of laws, decrees, edicts, statutes, plebiscites, payments, ordinances, never controlled anyone or anything. Living a completely instinctive life, acting at the pleasure of invincible necessities, under the pressure of prejudices and circumstances which they do not understand, generally being pushed by the current of society which from time to time breaks them, they can hardly, by their own initiative, accomplish anything other than disorder. And the proof of it is that all end miserably.