De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/114

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/114/113 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/114/115

[original French]

Enfin si l'on considère dans le pouvoir cette éminente dignité qui le rend supérieur à tout individu, à toute collectivité, on le nomme souverain : expression dangereuse, dont il est à souhaiter que la démocratie se préserve à l'avenir. Quelle que soit la puissance de l'être collectif, elle ne constitue pas pour cela, au regard du citoyen, une souveraineté : autant vaudrait presque dire qu'une machine dans laquelle tournent cent mille broches est la souveraine des cent mille fileuses qu'elle représente. Nous l'avons dit, la Justice seule commande et gouverne, la Justice, qui crée le pouvoir, en faisant de la balance des forces une obligation pour tous. Entre le pouvoir et l'individu, il n'y a donc que le droit : toute souveraineté répugne ; c'est déni de Justice, c'est de la religion.


instruction iii
Des formes du gouvernement et de ses évolutions, pendant la période pagano-chrétienne.

D. — Ainsi l'histoire des nations et les révolutions des Etats ne seraient autre chose que le jeu des forces économiques, tantôt contrariées et troublées, selon les vues du prince, l'égoïsme des grands et les préjugés du peuple, tantôt favorisées et harmonisées selon le droit?

R. — II en est ainsi : ajoutez seulement que l'arbitraire doit avoir son terme, la Justice ramenant toujours la société à l'équilibre, et devant tôt ou tard triompher définitivement des influences subversives.

D. — Pendant cette longue période, qu'on pourrait, en un sens, appeler révolutionnaire, puisque l'Etat ne cesse d'aller de révolution en révolution, quelles sont les formes du pouvoir?

R. — Suivant que le gouvernement est censé appartenir à un seul, à plusieurs, ou à tous, on l'appelle monarchie, aristocratie ou démocratie. Souvent aussi un compromis a lieu entre ces élements, et il en'résulte un gouvernement mixte, qu'on suppose pour cela plus solide, et qui ne se soutient pas mieux que les autres.

[English translation]

Finally, if one considers in power this eminent dignity that makes it higher than any individual, any community, one calls it sovereign: a dangerous expression, from which it is to be wished that democracy will guard itself in the future. Whatever the power of the collective being, it does not constitute for that reason, in comparison with the citizen, a sovereignty: it would make almost as much sense to say that a machine in which a hundred thousand spindles turn is the sovereign of the hundred thousand spinners it represents. As we have said, Justice alone commands and governs, the Justice that creates power by making the balance of power obligatory for all. Between power and the individual, there is thus nothing but right, and all sovereignty is denied; sovereignty is the denial of Justice, it is religion.


instruction iii
Of the forms of government and their evolution during the pagan-christian period.

Q. — Would the history of nations and the revolutions of States then present nothing but the play of economic forces, at times contrary and conflictual, according to the views of the prince, the egoism of the great, and the prejudices of the people, sometimes favored and harmonized according to right?

A. — It is so: let us add only that the arbitrary must have its period, Justice always bringing society back to balance, having sooner or later to triumph definitively over subversive influences.

Q. — For this long period, which one could, in a sense, call revolutionary, since the State continually goes from one revolution to another, what are the forms of power?

A. — According to whether the government is supposed to belong to only one, several, or all, one calls it monarchy, aristocracy or democracy. A compromise also often takes place between these elements, and a mixed government results from it, which one supposes for that reason to be more solid, and which is no more sustainable than the others.