De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/118

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[original French]

par leur diversité et leur inégalité, par leur aliénation, par le conflit que cette aliénation soulève, par leur tendance insensible, mais victorieuse, grâce au concours d'une indéfectible Justice, à l'equilibre. Quelle part d'influence faites-vous, dans les évenements humains, à l'initiative des chefs d'Etats, à leurs conseils, à leur génie, à leurs vertus et à leurs crimes? Quelle part, en un mot, au libre arbitre?

R. — C'est un prêtre qui l'a dit, L'homme s'agite, et Dieu le mène. L'homme, c'est le pouvoir absolu, inexpérimenté, aveugle, à qui est promis l'empire de la terre ; Dieu est la législation sociale, qui dirige à son insu ce vouloir indompté, qui l'éclaire peu à peu, et le rend à la fin semblable à elle-même. La part de l'homme dans l'action historique est donc, en premier lieu, la force, la spontanéité, le combat; puis la reconnaissance de la loi qui le mène, et qui n'est autre que le balancement de sa liberté, la Justice. L'être libre en se débattant manifeste, par ses oscillations, la formule de son mouvement; c'est cette formule qui constitue la civilisation et nous tient lieu de providence : voilà tout le mystère. Que le jour se fasse et tout ce personnel de gouvernants qui grouille dans les ténèbres disparaît.

D. — Qu'est-ce que la théocratie?

R. — Une symbolique de la force sociale.

Chez tous les peuples, le sentiment de cette force fit surgir la religion nationale, sous l'influence de laquelle s'avanouirent peu à peu les religions domestiques. Partout le dieu fut cette force collective, personnifiée et adorée sous un nom mystique. La religion servant ainsi de" base au gouvernement et à la Justice, la logique voulait que la théologie devînt l'âme de la politique, qu'en conséquence l'Eglise prît la place de l'Etat, le sacerdoce celle des nobles, et le souverain pontife celle de l'empereur ou du roi. Telle est l'idée théocratique. Produit du spiritualisme chrétien, elle attendait pour paraître le jour où, toutes les nations se réunissant dans une foi commune, la prépondérance serait acquise dans les âmes aux choses du ciel sur les choses de la terre. Mais ce fut le rêve d'un instant, une tentative aussitôt avortée que conçue, et qui devait rester toujours à l'état de théorie. L'Eglise, plaçant la réalité

[English translation]

by their diversity and inequality, by their alienation, by the conflict to which this alienation gives rise, by their imperceptible but ultimately victorious tendency, via the influence of an indefectible Justice, to equilibrium. What share of influence over human events do you attribute to the initiative of heads of State, to their councils, their geniuses, their virtues, and their crimes? What part, in a word, is played by free will?

A. — It is a priest who said that man acts and God disposes. Man is the absolute power, inexperienced, blind man, to whom is promised empire over the earth; God is the social legislation that directs this untamed will without its knowledge, enlightening it little by little, and finally recreates in its own likeness. Human action in history is thus, initially, force, spontaneity, combat; then recognition of the law that it enacts, and that is nothing other than the balancing of its freedom, i.e., Justice. In its struggles, the free being expresses, by its oscillations, the formula of its movement; it is this formula that constitutes civilisation and takes the place of providence for us: here is all the mystery. May the day come when all this governmental crew that swarms in the darkness shall disappear.

Q. — What is theocracy?

A. — A symbolic of the social force.

Among all people, the feeling of this force caused the national religion to emerge, under the influence of which the domestic religions, little by little, disappeared. Everywhere, the god was this collective force, personified and adored under a mystical name. The religion thus serving as a basis for the government and Justice, logic dictated that theology would become the heart of politics, that consequently the Church would take the place of the State, the priesthood that of the noble, and the sovereign pontiff that of the emperor or king. Such is the theocratic idea. A product of Christian spiritualism, its appearance awaited the moment when, all nations meeting under a common law, the things of heaven would gain preponderance over the things of the earth in our souls. But it was the dream of a moment, an attempt aborted as soon as it was conceived, which was to always remain in a theoretical state. The Church, placing the reality