De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/119

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/119/118 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/119/120

[original French]

de son idéal dans le ciel, au dessus et en dehors de la collectivité sociale, niait par là même l'immanence d'une force dans cette collectivité, de même qu'elle niait dans l'homme l'immanence de la Justice; et c'est cette force, dont les princes demeuraient seuls dépositaires et organes, qui donna l'exclusion à l'Eglise.

D. — Quelle amélioration le christianisme a-t-il apportée au gouvernement des peuples?

R. — Aucune : il n'a fait qu'en changer le protocole. Le noble antique, patricien, guerrier ou cheik, affirmait son usurpation en vertu de la nécessité ; le noble chrétien l'affirme au nom de la Providence. Pour le premier, la noblesse était un fait de nature; pour le second, c'est un fait de grâce. Mais d'un côté comme de l'autre la royauté appuya le privilége nobiliaire, la religion le consacra. Delà les prétentions de l'Eglise catholique à la souveraineté, et sa tentative de théocratie, énergiquement repoussée par les princes, et bientôt abandonnée par les théologiens eux-mêmes. Une transaction intervint : la séparation du spirituel et du temporel fut érigée en axiome de droit public; un nouveau ferment de discorde fut jeté parmi les nations. Moitié païenne, moitié chrétienne, la politique se traîna dans la tyrannie ; la Justice fut plus que jamais sacrifiée, et la liberté compromise.


instruction iv
Constitution du pouvoir social par la Révolution.

D. — En quels termes la Révolution s'est-elle exprimée sur la réalité du pouvoir social ?

R. — Aucune déclaration expresse n'existe à cet égard. Mais, autant la Révolution répugne à l'antique mysticisme, qui plaçait la Justice et le pouvoir dans le ciel, autant il y a pour elle d'insuffisance dans le nominalisme qui a suivi, et qui tend à faire de l'être collectif et de la puissance qui est en lui, comme de la Justice, des mots, des conceptions. Tas une idée, pas un acte de la Révolution, qui se puisse

[English translation]

of its ideal in heaven, above and apart from the social community, consequently denied the immanence of a force in this community, just as it denied in the man the immanence of Justice; and it is this force, of which princes remained only the agents and instruments, that gave the Church its exclusionary status.

Q. — What improvement did Christianity bring to the government of peoples?

A. — None: it did nothing but change the protocols. The antique noble, patrician, warrior or sheik asserted his usurpation by virtue of necessity; the noble Christian asserts it in the name of Providence. For the first, nobility was a fact of nature; for, second; it is a fact of grace. But for both of these, royalty supported the noble privilege, religion consecrated it. Wherefore the claims of the catholic Church to sovereignty, and its attempt at theocracy, vigorously repressed by the princes, and soon abandoned by the theologians themselves. A transaction intervened: the separation of spiritual and temporal was set up in axiom of public law; a new leaven of discord was thrown among the nations. Half pagan, half Christian, politics carried tyranny in its train; Justice was sacrificed and freedom compromised more than ever.


instruction iv
Constitution of social power by the Revolution.

Q. — In what terms has the Revolution expressed itself on the reality of social power?

A. — No express declaration exists in this respect. However, as much as the Revolution finds repugnant the antique mysticism that placed Justice and power in heaven, it also finds insufficient the nominalism that followed it, which tends to make the collective being and the power that is in it, like Justice, words, concepts. There is not a single idea, not a single act of the Revolution that can be