De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/120

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[original French]

expliquer avec cette métaphysique. Tout ce qu'elle a produit, tout ce qu'elle promet, serait un édifice en l'air et une nouvelle déception de la transcendance, s'il ne supposait dans la société une effectivité du pouvoir, par conséquent une réalité d'existence qui s'assimile à toute création, à tout être. Du reste, le silence de la Révolution sur la nature du pouvoir ne regarde que les deux premiers actes de ce grand drame : ne sommes-nous pas, aujourd'hui, surtout depuis 1848, en pleine éruption d'idées révolutionnaires? Et la science, et la philosophie ne se joignent-elles pas à l'induction pour confirmer notre thèse ?

D. — Donnez, à défaut de textes, vos motifs?

R. — La science nous dit que tout corps est un composé dont aucune analyse ne peut trouver les derniers éléments, retenus les uns près des autres par une attraction, une force.

Qu'est-ce que la force? C'est, comme la substance, comme les atomes qu'elle tient groupés, une chose inaccessible aux sens, que l'intelligence saisit seulement par ses manifestations, et comme l'expression d'un rapport.

Le rapport, voilà, en dernière analyse, à quoi se ramène toute phénoménalité, toute réalité, toute force, toute existence. De même que l'idée d'être enveloppe celle de force et de rapport, de même celle de rapport suppose invinciblement la force et la substance, le devenir et l'être. De sorte que partout où l'esprit saisit un rapport, l'expérience ne découvrît-elle rien autre, nous devons conclure de ce rapport la présence d'une force, et par suite une réalité.

La Révolution nie le droit divin, en autres termes l'origine surnaturelle du pouvoir social. Cela veut dire, en principe, que, si un être ne possède pas en soi sa puissance d'être, il ne peut pas être; en fait, que le pouvoir qui se décèle dans la société ayant pour expression des rapports humains, sa nature est humaine; conséquemment que l'être collectif n'est pas un fantôme, une abstraction, mais une existence.

En face du droit divin, la Révolution pose donc la souveraineté du peuple, T'imité et l'indivisibilité de la République. Mots vides de sens, propres seulement à servir de masque à la plus effroyable tyrannie, et tôt ou tard démentis par l'événement, s'ils ne se rapportent à l'orga-

[English translation]

explained through this metaphysics. All that it produced, all that it promises, would be a castle in the air and another illusory transcendence if it did not presuppose in society an effectivity of power, consequently a reality of existence that is assimilated to all creation, to all being. In any case, the silence of the Revolution as to the nature of power pertains only to the first two acts of this great drama: aren’t we, today, especially since 1848, in the midst of an eruption of revolutionary ideas? And don’t science and philosophy join with induction to confirm our thesis?

Q. — In the absence of texts, can you give your reasons?

A. — Science says to us that any body is a composite the final elements of which no analysis can find, held to one another by an attraction, a force.

What is force? It is, like substance, like the atoms it holds grouped together, a thing inaccessible to the senses, that the intelligence grasps only through its manifestations, as the expression of a relationship.

Relationship: here, in the last analysis, is that to which all phenomenality, all reality, all force, all existence is referred. Just as the idea of being encompasses that of force and relation, in the same way that of relation inexorably presupposes force and substance, becoming and being. So that everywhere where the mind grasps a relation, experience discovering nothing else, we must conclude from this relation the presence of a force, and consequently a reality.

The Revolution denies divine right, in other words, the supernatural origin of social power. That means, in theory, that if a being does not have its power to be in itself, it cannot be; in fact, that the power which is detected in society having human relations for expression, its nature is human; consequently that the collective being is not a phantom, an abstraction, but an existence.

Confronted with divine right, the Revolution thus posits the sovereignty of the people, the unit and the indivisibility of the Republic. Meaningless words, fit only to serve as a mask for the most appalling tyranny, and sooner or later contradicted by events, if they do not refer to the higher organization,