De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/122

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[original French]

gnent de la pensée réaliste qui préside à notre droit public. Grâce à toutes ces réalisations, la France est devenue un grand organisme, dont la puissance d'assimilation entraînerait le monde, si elle n'était dépravée par ceux qui l'exploitent et la gouvernent.

D. — D'où vient que depuis soixante et dix ans l'application de ces idées a fait si peu de progrès? Comment, au lieu de l'Etat libre, identique et adéquat à la société elle- même, avons-nous conservé l'Etat féodal, royal, impérial, militaire, dictatorial?

R. — Cela tient à deux causes, désormais faciles à apprécier : l'une est que la balance des produits et services n'a pas cessé d'être un desideratum de l'économie; l'autre, que l'appropriation des forces collectives s'est maintenue, développée, comme si elle était de droit naturel.

De là toute cette série d'inévitables conséquences : dans la nation, conservation de l'antique préjugé d'inégalité des conditions et des fortunes, formation d'une féodalité capitaliste à la place de la féodalité nobiliaire, recrudescence de l'esprit ecclésiastique et retour aux pratiques du droit divin; dans le gouvernement, substitution du système à bascule à la pondération des forces, concentration aboutissant au despotisme, développement monstrueux de la force militaire et de la police, continuation de la politique machiavélique, destruction de la Justice par la raison d'Etat, et, pour conclure, révolutions de plus en plus fréquentes.

D. — Qu'appelez-vous système à bascule?

R. — La bascule, nommée aussi doctrine, est en politique ce qu'est la théorie deMalthusen économie. Comme les malthusiens prétendent établir l'équilibre dans la population en entravant mécaniquement la fonction génératrice; de même les doctrinaires font l'équilibre du pouvoir par transpositions de majorité, remaniements électoraux, corruption, terrorisme. La machine constitutionnelle, telle qu'on l'a vue fonctionner depuis 1791, avec ses distinctions de chambre haute et de chambre basse, de pouvoir législatif et exécutif, de classes supérieures et de classes moyennes, de grands et petits colléges, de ministres responsables et de royauté irresponsable, était fatalement un système à bascule.

[English translation]

to the realistic thought that governs our public law. Thanks to all these achievements, France has become a great organization, whose power of assimilation would involve the world, if it were not corrupted by those who exploit and govern it.

Q. — Why, for seventy years, has the application of these ideas made so little progress? Why, instead of the free State, identical and adequate to society itself, have we preserved the feudal, royal, imperial, military, dictatorial State?

A. — That is due to two causes, henceforth easy to appreciate: one is that the balance of products and services did not cease to be a desideratum of economy; the other, that the appropriation of the collective forces was maintained, developed, as if by natural right.

From this follows the whole series of inevitable consequences: in the nation, the conservation of the old prejudice of the inequality of conditions and fortunes, formation of a capitalist feudality in the place of the feudality of the nobles, a recrudescence of the ecclesiastical spirit and a return to the practices of divine right; in government, the substitution of a seesaw system for the balance of forces, a concentration leading to despotism, a monstrous development of the military and police forces, the continuation of machiavellian politics, the destruction of Justice by raison d’État, and, to conclude, increasingly frequent revolutions.

Q. — What is it that you call the seesaw system?

A. — The seesaw, also called doctrine, is in politics what the theory of Malthus is in economics. Just as the Malthusians claim to establish balance in the population by mechanically blocking the generative function, in the same way the doctrinaires make the balance of power by transpositions of majority, electoral manipulations, corruption, terrorism. The constitutional machine, such as one saw it functioning since 1791, with its distinctions of Upper House and Lower Chamber, legislative and executive power, upper classes and middle classes, large and small colleges, responsible ministers and irresponsible royalty, is inevitably a seesaw system.