De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/123

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[original French]

D. — On ne saurait exposer mieux, en ce qui touche la réalité de l'être social, la pensée intime de la Révolution. Mais la Révolution est aussi, elle est surtout la liberté : dans ce système de balances, que devient-elle?

R. — Cette question nous ramène à celle de la pondération des forces que nous venons de soulever.

De même que plusieurs hommes, en groupant leurs efforts, produisent une force de collectivité, supérieure en

Sualité et intensité à la somme de leurs forces respectives ; e même plusieurs groupes travailleurs, mis en rapport d'échange, engendrent une puissance d'un ordre plus élevé, que nous avons considérée comme étant spécialement le pouvoir social.

Pour que ce pouvoir social agisse dans sa plénitude, pour qu'il donne tout le fruit que promet sa nature, il faut que les forces ou fonctions dont il se compose soient en équilibre. Or, cet équilibre ne peut être l'effet d'une détermination arbitraire ; il doit résulter du balancement des forces, agissant les unes sur les autres en toute liberté, et se faisant mutuellement équation. Ce qui suppose que, la balance ou moyenne proportionnelle de chaque force étant connue, tout le monde, individus et groupes, la prendra pour mesure de son droit et s'y soumettra.

Ainsi l'ordre public relève de la raison du citoyen ; ainsi cette souveraineté sociale, qui d'abord nous est apparue comme la résultante des forces individuelles et collectives, se présente maintenant comme l'expression de leur liberté et de leur Justice, attributs par excellence de l'être moral.

C'est pourquoi la Révolution, abolissant le régime corporatif, les privilèges de maîtrise et toute la hiérarchie féodale, a déclaré principe de droit public la liberté de l'industrie et du commerce ; c'est pour cela qu'elle a élevé au dessus de tous les conseils d'Etat, délibérations parlementaires et ministérielles, la liberté de la presse, le contrôle universel, et qu'elle a proclamé, en instituant le jury, la juridiction du citoyen sur tout individu et sur toute chose.

La liberté n'était rien : elle est tout, puisque l'ordre résulte de sa pondération par elle-même.

D. — Si la liberté est tout, en quoi consiste le gouvernement?

[English translation]

Q. — One could not better explain, in relation to the reality of the social being, the inmost thought of the Revolution. But the Revolution is also freedom, that above all: in this system of balances, what becomes of it?

A. — This question brings back to us to that of weighting forces which we have just raised.

Just as several men, by grouping their efforts, produce a force of collectivity, superior in quality and intensity to the sum of their respective forces, in the same way, several laboring groups, placed in a relation of exchange, generate a power of a higher order, which we have specifically considered as being the social power.

For this social power to act in its plenitude, for it to yield all the fruit that its nature promises, it is necessary that the forces or functions of which it is composed are in balance. However, this balance cannot be the effect of an arbitrary determination; it must result from the balancing of forces (64), acting on one another with complete freedom and equalizing one another. Which presupposes that the balance or proportional mean of each force being known, everyone, individuals and groups, will accept this as the measure of its right and subject himself to it.

Thus public order results from the citizen’s reason; thus this social sovereignty, which initially seemed to us to be the resultant of the individual and collective forces, presents itself now in the form of an expression of their freedom and their justice, the attributes par excellence of the moral being.

This is why the Revolution, abolishing the corporative regime, the privileges of mastery and the entire feudal hierarchy, declared the principle of public right to be the freedom of industry and trade; therefore it raised above all the councils of State, above all the parliamentary and ministerial deliberations, the freedom of the press, universal control, and proclaimed, by instituting the jury, the jurisdiction of the citizen over any individual and any thing.

Freedom was nothing: it is everything, since order results from its balancing by itself.

Q. — If freedom is everything, in what does government consist?