De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/130

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/130/129 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/130/131

[original French]

pire, l'empire autant que le continent, où tous les groupes sont politiquement égaux, que deviennent les nationalités?

R. — Les nationalités seront d'autant mieux assurées que le principe fédératif aura reçu une application plus complète. A cet égard, on peut dire que depuis trente ans l'opinion a fait fausse route.

Le sentiment de la patrie est comme celui de la famille, de la possession territoriale, de la corporation industrielle, un élément indestructible de la conscience des peuples. Disons même, si on le veut, que la notion de patrie implique celle d'indépendance et de souveraineté, en sorte que les deux termes, Etat et nation, sont adéquats l'un à l'autre et peuvent être considérés comme synonymes. Mais il y a loin de la reconnaissance des nationalités à l'idée de les faire servir à certaines restaurations devenues inutiles, pour ne pas dire dangereuses.

Ce qu'on appelle aujourd'hui rétablissement de la Pologne, de l'Italie, de la Hongrie, de l'Irlande, n'est autre chose, au fond, que la constitution unitaire de vastes territoires, sur le modèle des grandes puissances dont la centralisation pèse si lourdement sur les peuples ; c'est de l'imitation monarchique au profit de l'ambition démocratique; ce n'est pas de la liberté, encore moins du progrès. Ceux qui parlent tant de rétablir ces unités nationales ont peu de goût pour les libertés individuelles. Le nationalisme est le prétexte dont ils se servent pour esquiver la révolution économique. Ils feignent de ne pas voir que c'est la politique qui a fait tomber en tutelle les nations qu'ils prétendent aujourd'hui émanciper. Pourquoi donc faire recommencer à ces nations, sous le drapeau de la raison d'Etat, une épreuve faite? La Révolution s'amuserait-elle, comme l'empereur Napoléon Ier, taillant et recoupant la Confédération germanique, à remanier des agglomérations politiques, à faire une Pologne, une Italie unitaires? La Révolution, en rendant, par la pondération des forces et la balance des services, les hommes égaux et libres, exclut ces agglomérations immenses, objet de l'ambition des potentats, mais gages d'une insurmontable servitude pour les peuples.

D. — Le principe dynastique a-t-il quelque chance de se relever?

[English translation]

equal to the continent, where all groups are politically equal, what becomes of nationalities?

A. — Nationalities will be all the better assured in so far as the federative principle will have received a more complete application. In this respect, one can say that for thirty years, public opinion has gone astray.

The feeling for one’s country is like that for the family, for the territorial possession, for the industrial corporation, a indestructible element of the conscience of the people. We might even say, if need be, that the concept of patrie implies that of independence and sovereignty, so that the two terms, State and Nation, are adequate one with the other and can be regarded as synonyms. But there is far from the recognition of nationalities to the idea to make them be used for certain restorations become useless, not to say dangerous.

What is today called the re-establishment of Poland, of Italy, of Hungary, of Ireland, is nothing else, at base, than the unitary constitution of vast territories, on the model of the great powers whose centralization so heavily weighs on the people; it is monarchical imitation to the profit of the democratic ambition; it is not freedom, much less progress. Those who call so loudly for the restoration of these national units have little taste for personal freedoms. Nationalism is the pretext which they use to dodge the economic revolution. They pretend not to see that this is the politics which subjugated the nations that they claim today to emancipate. Why thus make start again with these nations under the flag of raison d’État, a made proof? Would the Revolution amuse itself, like the first Emperor Napoleon, by carving and recarving the Germanic Confederation, altering political agglomerations, making Poland or Italy unitary? The Revolution, in rendering men equal and free by the balance of forces and of services, precludes these immense agglomerations, the objects of potentates’ ambitions, but for the peoples, pledges of an inescapable servitude.

Q. — Is there any hope of dislodging the dynastic principle?