De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/131

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[original French]

R. — Il est certain que le monde n'a pas cru jusqu'ici que liberté et dynastie fussent choses incompatibles. L'ancienne monarchie française, en convoquant les états généraux, engagea la Révolution; la constitution de 1791, imposée par l'Assemblée nationale, la charte de 1814, imposée par le Sénat, celle de 1830, corrigée par les 221, témoignent du désir qu'avait le pays de concilier le principe monarchique avec la démocratie. La nation trouvait à cela divers avantages : on conciliait, semblait-il, la tradition avec le progrès ; on satisfaisait aux habitudes de commandement, au besoin d'unité; on conjurait le péril des présidences, des dictatures, des oligarchies. Lorsque en 1830 Lafayette définissait le nouvel ordre de choses une monarchie entourée d'institutions républicaines, il concevait ce que l'analyse nous a révélé, l'identité de l'ordre politique et de l'ordre économique. La vraie république consistant dans la balance des forces et des services, on se plaisait à voir une jeune dynastie tenir cette balance et en garantir la justesse. Enfin l'exemple de l'Angleterre, bien que l'égalité y sont inconnue, celui des nouveaux Etats constitutionnels, donnent un nouvel appurà cette théorie.

Sans doute l'alliance du principe dynastique avec la liberté et l'égalité n'a pas produit en France le fruit qu'on en attendait ; mais ce fut la faute du fatalisme gouvernemental : l'erreur fut ici commune aux princes et à la nation. Bien plus, quoique les partis dynastiques se soient montrés depuis 1848 peu favorables à la Révolution, la force des choses les y ramène; et comme la France, dans toutes ses fortunes, a toujours aimé à se donner un Premier, à marquer son unité par un symbole, il y aurait exagération à nier la possibilité d'une restauration dynastique. Que de républicains nous avons entendus dire : Celui-là sera mon prince, qui arborera la pourpre de la liberté et de l'égalité ! Et ce ne sont ni les moins purs ni les moins intelligents ; il est vrai qu'ils n'aspirent pas à la dictature.

Toutefois il faut reconnaître que si le principe dynastique peut jouer encore quelque petit rôle, ce ne sera que comme instrument de transition du régime politique au régime économique. Dès à présent, on ne saurait nier qu'il est considérablement amoindri. Le système constitu-

[English translation]

A. — Certainly, the world up to now did not believe that freedom and dynasty were incompatible things. The old French monarchy, convening the Estates General, engaged the Revolution; the constitution of 1791, imposed by the French National Assembly, the charter of 1814, imposed by the Senate, that of 1830, corrected by the 221, testify to the country’s desire to reconcile the monarchical principle with democracy. The nation found in it various advantages: one reconciled, so it seemed, tradition with progress; one satisfied the habits of command, the need for unity; one entreated the danger of presidencies, dictatorships, oligarchies. When, in 1830, Lafayette defined the new order of things as a monarchy surrounded by republican institutions (66), he conceived what analysis has revealed to us, the identity of the political order and the economic order. The true republic consisting in the balance of forces and services, one was pleased to see a young dynasty maintaining this balance and guaranteeing its accuracy. Finally, the example of England, although equality is unknown there, and that of the new constitutional States, give fresh support to this theory.

Undoubtedly, in France, the alliance of the dynastic principle with freedom and equality did not yield the fruit that was expected from it; but this was the fault of governmental fatalism!: the error here was shared by the princes and the nation. Moreover, though the dynastic parties had shown themselves unfavorable to the Revolution since 1848, the force of things brings it back; and as France, whatever its fortunes, always liked to give itself a Premier, to mark its unity by a symbol, it would be exaggeration to deny the possibility of a dynastic restoration. How we have heard the republicans say: “He shall be my prince who shall raise the flag of freedom and equality!” And they are neither the least pure nor the least intelligent; it is true that they do not aspire to dictatorship.

However, it should be recognized that if the dynastic principle can still play some minor part, it is only as an instrument of transition from the political regime to the economic regime. As of now, one could not deny that it is considerably diminished. The constitutional system,