De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/133

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/133/132 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/133/134

[original French]

par violence ou par adresse, le travail d'aucun, le crédit et la force de tous, le prétexte, la cause et le moyen manquant à un 18 brumaire, à un 2 décembre, l'édifice politique ne peut plus s'écarter de la perpendiculaire : il est assis de niveau, il a conquis ce qui lui manquait auparavant, la stabilité.

D. — L'humanité est avant tout passionnelle! que sera sa vie quand elle n'aura plus ni prince pour la mener à la guerre, ni prêtres pour l'assister dans sa piété, ni grands personnages pour entretenir son admiration, ni scélérats ni pauvres pour exciter sa sensibilité, ni prostituées pour assouvir sa luxure, ni baladins pour la faire rire de ses cacophonies et de ses platitudes?

R. — Elle fera ce que dit la Genèse, ce que recommande le philosophe Martin dans Candide, elle cultivera son jardin. L'exploitation du sol, autrefois part de l'esclave, devenue le premier des arts comme elle est la première des industries, la vie de l'homme se passera dans le calme des sens et la sérénité de l'esprit.

D. — A quand la réalisation de cette utopie?

R. — Aussitôt que l'idée sera vulgarisée.

D. — Mais comment vulgariser l'idée si la bourgeoisie demeure hostile ; si le peuple abruti par la servitude, plein de préjugés et de mauvais instincts, reste plongé dans l'indifférence ; si la chaire, l'académie , la presse, vous calomnient ; si les tribunaux sévissent ; si le pouvoir met la sourdine? Pour que la nation devînt révolutionnaire, il faudrait qu'elle fût déjà révolutionnée. Ne devons-nous pas en conclure, avec les vieux démocrates, que la Révolution doit commencer par le gouvernement?

R. — Tel est, en effet, le cercle où semble tourner le progrès et qui sert aujourd'hui de prétexte aux entrepreneurs de réformes purement politiques : « Faites d'abord la Révolution, disent-ils, après quoi tout s'éclaircira. » Comme si la Révolution elle-même pouvait se faire sans idée ! Mais rassurons-nous : de même que le manque d'idées fait perdre les plus belles parties, la guerre aux idées ne sert qu'à pousser la Révolution. Ne voyez-vous pas déjà que le régime d'autorité, d'inégalité, de prédestination, de salut éternel et de raison d'Etat, devient chaque jour, pour les classes nanties, dont il torture

[English translation]

by violence or by rhetoric, the labour of any, the credit and the force of all, the pretext, the cause, and the means lacking for an 18th Brumaire, a December 2nd, the political edifice can no longer deviate from its upright position: it is firmly seated, it has conquered what it lacked before, stability.

Q. — Humanity is, above all, passionate! How shall it live when it no longer has either a prince to lead it to war, nor priests to assist it in piety, nor great men to maintain it in admiration, nor the corrupt nor the poor to excite its sensibilities, nor prostitutes to appease its lust, nor wandering minstrels to make it laugh with their cacophonies and platitudes?

A. — It shall do what Genesis says, what the philosopher Martin in Candide recommends: it shall cultivate its garden. The tilling of the soil, formerly the role of the slave, becomes the first among arts as it is first among industries, man's life shall pass in the calm of the senses and the serenity of the spirit.

Q. — When shall this Utopia be realized?

A. — As soon as the idea is popularized.

Q. — But how to popularize the idea if the bourgeoisie remains hostile; if the people, made stupid by servitude, full of prejudices and bad instincts, remain sunken in indifference; if the pulpit, the academy, the press, calumniate you; if the courts prevail; if power silences you? For the nation to become revolutionary, it would have to have been revolutionized already. Shouldn’t we conclude from it, with the old democrats, that the Revolution must start with the government?

A. — Such is, indeed, the circle where seems to turn the progress and which is used today as pretext to the purely political contractors of reforms: “First, make the Revolution,” they say, “after which everything else will be cleared up.” As if the Revolution itself could be made without ideas! But let us be reassured: just as the lack of ideas dooms the most beautiful parties, the war on ideas only serves to postpone the Revolution. Don’t you see already that the mode of authority, inequality, predestination, eternal salvation and raison d’État, becomes every day, for the affluent classes whose