De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/134

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

la conscience et la raison, plus insupportable encore que pour la plèbe, dont il fait crier l'estomac? D'où nous conclurons que le plus sûr est de nous en tenir au mot du fou royal : Que ferais-tu, sire, si, quand tu dis oui, tout le monde disait non? Faire accoucher de ce Non la multitude, c'est tout le travail du bon citoyen et de l'homme d'esprit.

D. — Renoncez-vous à l'insurrection, le premier des droits, le plus saint des devoirs?

R. — Je ne renonce à rien : je dis qu'il est absurde de mettre dans une constitution politique une garantie qui manque toujours à l'heure où on la réclame. Quand les idées sont levées, les pavés se lèvent d'eux-mêmes, à moins que le gouvernement n'ait assez de bon sens pour ne les pas attendre.

D. — Quoi de la tyrannie et du tyrannicide?

R. — Nous en parlerons ailleurs : ce n'est pas matière de catéchisme.

D. — Mais quoi ! si tant d'intérêts menacés, tant de convictions froissées, tant de haines allumées, avaient enfin le courage de vouloir résolument ce qu'ils veulent, l'extinction de la pensée révolutionnaire, ne se pourrait-il que le droit fût définitivement vaincu par la force ?

R. — Oui, si !... Mais ce si est une condition impossible. Il faudrait pour cela arrêter le mouvement de l'esprit humain. Vous trouverez, quand vous voudrez, quatre fripons qui se concerteront pour un coup de bourse; je vous défie de former une assemblée qui décrète le vol. De même vous pouvez, par les lois sur la presse, défendre telle et telle discussion : vous ne décréterez jamais le mensonge.

Contre toutes les forces de la réaction, contre sa métaphysique, son machiavélisme, sa religion, ses tribunaux, ses soldats, il suffirait, en désespoir de cause, de la protestation qu'elle porte avec elle. La même humanité a produit, en temps divers, la conscience religieuse et la conscience libre. N'est-ce pas l'émigration qui, en 1814,ramena la liberté? Tout de même, si nous manquions à notre tâche, les conservateurs d'aujourd'hui seraient les révolutionnaires de demain. Mais nous n'en sommes pas réduits là; l'idée fait son chemin, et le droit sanctionnateur et vengeur ne paraît pas près de s'éteindre au cœur des hommes.


[English translation]

conscience and reason it torments, even more unbearable than it is for the plebians whose stomachs it makes cry out? From whence we will conclude that what is most certain is to keep to the word of the royal madman: What would you do, my lord, if, when you said yes, everyone else said no? To midwife this No of the multitude is all the task of the good citizen and the man of spirit.

Q. — Do you concede that insurrection is the first among rights, the holiest of duties?

A. — I concede nothing: I say that it is absurd to place a guarantee which is always lacking at the moment when it is claimed in a political constitution. When the ideas are raised, the paving stones will lift themselves, unless the government does not have enough good sense not to await them.

Q. — What of tyranny and tyrannicide?

A. — We will speak of it elsewhere: it is not a matter for the catechism.

Q. — But what! if so many interests threatened, so many convictions offended, so many hatreds kindled, finally had the courage to resolutely will what they will, the extinction of revolutionary thought, couldn’t it come about that right would be definitively overcome by force?

A. — Yes, if! … But this “if” is an impossible condition. For that, it would be necessary to stop the movement of the human spirit. You can find, whenever you like, four rascals willing to act in concert for the purpose of market speculation; I defy you to form an assembly that decrees theft. In the same way you can, by laws concerning the press, forbid such and such a discussion: you will never decree lies.

Against all the forces of the reaction, against its metaphysics, its machiavellianism, its religion, its courts, its soldiers, in despair of cause, the sheer protest that it carries with it would suffice. The same humanity produced, at various times, the religious conscience and the free conscience. Was it not the emigration that brought back freedom in 1814? All the same, if we fail at our task, the conservatives of today would be the revolutionaries of tomorrow. But let us not be reduced to this; the idea makes its way in the world, and the right of sanction and revenge does not appear close to perishing from among men.