De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/143

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/143/142 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/143/144

[original French]

ecclésiastique ne diffère de l'éducation séculière que par l'esprit religieux et les habitudes de piété qui s'y mêlent : pour le surplus, les maîtres ecclesiastiques procèdent comme les maîtres laïques, à telles enseignes que dans les colléges épiscopaux, hormis les devoirs de piété, dont le prêtre seul est le ministre, ou se sert indifféremment, pour tout le reste, de laïques et de clercs.

Ainsi, jusque dans l'éducation, l'Eglise, pour être quelque chose, est forcée d'empiéter sur le domaine séculier ; elle ne possède rien en propre : tellement l'idéal qui réside en elle est incompatible de sa nature avec tout élément pratique et utilitaire ?

Ces éliminations faites, que reste-t-il pour l'enseignement de l'Eglise, et que vient-elle faire dans l'éducation? Quel peut-être l'objet de sa pédagogie?

II. — Toute morale pratique repose sur ce premier principe, commun à la philosophie et à la religion :

Le péché souille l'âme : vivre avec lui est pire que de mourir.

Tel est le dictamen de la conscience, soit qu'elle s'exprime par le poignard de Lucrèce, qui se tue pour une souillure à laquelle elle n'a pas consenti, mais dont la tache lui reste ; soit qu'elle éclate avec plus d'énergie encore dans le sacrifice de Caton, qui, désespérant d'atteindre le tyran, se frappe lui-même plutôt que d'assister au viol de la république.

Il est de mode parmi les chrétiens de blâmer et vitupérer ces suicides héroïques. Saint Augustin a trouvé moyen de plaisanter Lucrèce; la troupe des historiographes s'est ruée sur Caton. Passons, si l'on veut, sur le fait même du suicide, qui fait une question à part, et admettons que Lucrèce, Caton, Brutus, toutes ces grandes âmes qui, en face du déshonneur, ne marchandaient pas leur vie, si elles avaient eu l'avantage de naître dans la foi du Christ, auraient su faire mieux que de mourir. Mais n'est-il pas vrai que leur résolution, telle quelle, atteste l'horreur intime de l'âme pour le péché, et l'essentialité de notre vertu? Potiùs mort quàm fœdari ! plutôt la mort que l'indignité ! Maxime aussi vieille que l'homme, qui temoigne

[English translation]