De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/144

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[original French]

de l'intuition que l'âme a d'elle-même et de sa pureté ; maxime qui, si elle est juste, crée immédiatement et sans autre secours l'éthique et la pédagogie ; si elle est fausse, les entraîne l'une et l'autre. Toute notre hygiène, et en cas de maladie toute notre médication morale, est établie sur ce fondement.

Cependant à cette loi, d'ordre psychologique, le christianisme ajoute une considération d'un autre ordre :

Le péché, dit-il, offense Dieu, qui le défend, et tôt ou tard le punit.

A première vue, il ne semble pas qu'il y ait là rien qui affecte le principe ; au contraire. Pour fuir le mal et pratiquer le bien nous avons deux motifs, le respect de nous- mêmes et celui de la Divinité. Quel tort le second peut-il faire au premier?

Ne quid nimis : je me défie de ce dualisme.

Ne nous laissons pas étonner par cette apparition mystérieuse de l'idée divine; et puisque, en fait de morale, il s'agit avant tout de nous-mêmes, et subsidiairement d'un Autre soi-disant intéressé, raisonnons de cet Autre, que nous ne connaissons pas encore, avec la dignité et le sang- froid qui conviennent à un être moral et libre.

D'abord, de quoi Dieu se mêle-t-il? Je n'ai jamais entendu dire qu'il m'ordonnât, à peine do lèse-majesté en1 vers sa personne, de manger, de respirer, de dormir, de faire aucune des fonctions qui intéressent ma vie animale. Que je jouisse ou que je pâtisse, il ne s'en fâche pas ; il me laisse à ma propre direction, sous ma responsabilité exclusive. Pourquoi n'en use-t-il pas de même à l'égard de ma vie morale? Est-ce que les lois de ma conscience sont moins certaines que celles de mon organisme, ou plus impunément inviolables? Quand je fais le mal, le péché ne me punit-il pas à l'instant, par la honte et le remords, comme la vertu, si je fais bien, me récompense par l'opinion de ma valeur? Nonne si benè egeris recipies, sin aulem inalè, statim in foribus peccalum? dit Jéhovah lui-même à Caïn dans la Genèse. N'ai-je donc pas assez, pour observer ma loi intérieure de cette double sanction de la joie et de la tristesse; de même qu'il me suffit, pour soi-

[English translation]