De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/157

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

Disons-le donc, pour l'instruction d'une Eglise ignorante de ses propres mystères : il n'y a véritablement à redresser ici qu'un quiproquo. Changez l'adresse, et toute cette déraison apocalyptique devient l'épopée de l'humaine vertu.

Cette source de tout bien et de toute sainteté, que l'ame religieuse appelle son Seigneur, son Christ, son Père, c'est elle-même qu'elle contemple dans l'idéal de sa puissance et de sa beauté. Virgile le dit en propres termes, Dieu est la puissance éternelle de l'humanité :

O pater, ô hominum divûmque, œterna potestas !

Ces génies, ces anges, ces saints, qui forment le cortége du Très Haut, ce sont toutes les facultés de cette âme, qu'elle réalise et personnifie, pour les invoquer ensuite comme ses patrons et ses protecteurs. Ce monstre d'ignominie qu'elle nomme Satan, c'est encore elle, dans l'idéalité de sa laideur. Et cette adoration sans fin, inintelligible au prêtre comme au vulgaire, c'est l'hymne perpétuel qu'elle se chante pour s'exhorter à bien penser, à bien aimer, à bien dire et à bien faire, la rapsodie, toujours nouvelle, de ses luttes, de ses misères et de ses triomphes, le battement d'ailes qui l'élève vers les sublimités de la Justice.

Une pareille hallucination, direz-vous, serait plus merveilleuse que la religion même, dont on prétend expliquer ainsi le mystère. Rien de plus naturel, cependant : vous allez en juger.

Du moment que l'homme, incapable, dans les premiers temps, de démêler en soi la Justice dont il éprouve le sentiment, est entraîné par la constitution de son entendement à lui chercher hors de sa conscience un sujet en qui elle réside, ainsi que nous l'avons expliqué déjà (2e Etude, chap, n), il est tout simple qu'il invoque ce juste Juge, aussi bien contre les ennemis qui le menacent que contre ses propres inclinations; qu'il lui demande conseil, qu'il le prie de le fortifier, de le soutenir, de le purifier, de Félever dans la vertu. C'est donc elle-même que l'âme invoque, prie et conjure ; c'est à sa propre conscience qu'elle fait appel ; et, de quelque façon que soit tournée la prière, elle ne sera que l'expression du moi qui s'adjure sous le

[English translation]

Let us say it, then, for the instruction of a church ignorant of its own mystery: there is really nothing here to correct but a misunderstanding. Change the address, and all this apocalyptic nonsense becomes the epic of human virtue.

This source of all good and all holiness, religious soul that crieth unto his Lord, his Christ, his Father is itself contemplates that in the ideal of its power and beauty. As Virgil puts it, God is the eternal power of humanity:

O pater, o hominum divûmque, œterna potestas!

These spirits, these angels, the saints who form the retinue of the Most High, are all the faculties of the soul, which it produces and personifies in order to invoke them as its patrons and protectors. That ignominious monster named Satan, too, is but the soul in the ideality of its ugliness. And this endless adoration, unintelligible to the priest as the vulgar, is the perpetual hymn that is sung to exhort oneself to think well, to love well, to say and do well, the ever-renewed rhapsody of its struggles, its hardships and its triumphs, the beating of wings that lifts it towards the sublimity of Justice.

Such a hallucination, you say, would be more wonderful than the religion itself, which purports to explain the mystery. Nothing more natural, however; I leave it to you to decide.

From the moment that man, incapable in primordial times of disentangling in himself the justice of which he has a sentiment, is drawn by the constitution of his understanding to seek a subject in which it resides outside of his conscience, as we have already explained ([2nd Study, chap, II]), it is very simply that he calls upon this just Judge both against the enemies who threaten him as well as against his own inclinations; that he asks council of it, that he begs it to strengthen him, to support him, to purify him, to elevate him in virtue. It is thus itself that the soul invokes, prays to, and entreats; it is to its own conscience that it appeals; and, in whatever direction the prayer may be turned, it will only be the expression of the self that entreats itself under the