De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome II/43

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[original French]

Elle ne saurait prévaloir, en effet, cette puissance, tant que l'humanité sera chrétienne. Voici comment le thème de la subordination du temporel au spirituel se déroule :

1. La société est fondée sur l'idée de Dieu.
2. En raison du respect que commande la Divinité et de la 6n qui nous est assignée par la révélation, la foi a le pas sur la Justice, le dogme est la véritab'e règle de la morale. — » Où la crainte de Dieu n'existe pas, dit Machiavel, qui niait le christianisme, mais qui croyait à l'influence des sphères et supposait à priori la perversité de l'homme, où la crainte de Dieu n'existe pas, il faut que l'empire succombe ; ce qui veut dire que le gouvernement ne repose pas sur la raison, jnais sur le mystère.
3. Le dogme donc, principe et règle du droit, étant donné, l'Eglise, chargée de l'enseignement du dogme, se pose en embryon et paradigme du corps social; l'ordre spirituel est fait type du temporel et lui communique sa loi.
4. Dernière conséquence : la puissance législative, ayant pour principe la théologie ou théodicée, appartient essentiellement à l'Eglise. Les princes et le roi ne sont que les exécuteurs de ses canons; et le pape, serviteur des serviteurs de Dieu, est élevé au dessus de toutes les républiques et de tous les trônes, au dessus de l'humanité.

Telle est la doctrine dont Luther et Calvin, plus chrétiens que les papes, tirèrent les dernières et exécrahles conséquences, le premier en donnant le signal de l'extermination des paysans du Rhin, soulevés par lui contre l'Eglise ; le second en envoyant au bûcher, non pas des papistes, ce qui n'eût été de sa part qu'une représaille, mais des émancipés de l'Eglise, des réformateurs comme lui, tels que Michel Servet; doctrine dont Savonarola, de même que Jean Huss, fut la victime, après en avoir été l'apôtre ; doctrine que tout théiste trouvera au fond de sa théodicée, pour peu qu'il eu suive de bonne foi la déduction; que J. J. Rousseau reproduisit dans son Contrat social, et au nom de laquelle Robespierre guillotina la république; doctrine qui sert aujourd'hui au roi de Prusse à rayer de la constitution qu'il avait jurée la liberté, l'égalité, toutes les garanties de droit qui entouraient son gouvernement :

Je ne consentirai jamais, dit Guillaume IV dans son discours à l'ouverture de la Diète de 1847, à ce que entre notre maître qui est le

[English translation]

This power, in fact, cannot prevail, as humanity is Christian. Here is how the theme of subordination of the temporal to the spiritual is enunciated:

1. Society is founded on the idea of God.
2. Because of the respect commanded by the Divinity and the end assigned to us by revelation, faith is placed above Justice, dogma is the true rule of morality. — Where the fear of God does not exist, said Machiavelli (who denies Christianity, but who believes in the influence of the spheres and assumes the perversity of man a priori), empire must succumb, which means that government is not based on reason but on mystery.
3. Dogma, therefore, being given as the principle and rule of law, the Church, responsible for the teaching of dogma, presents itself as the social body in embryo and paradigm; the spiritual becomes the model for the temporal and transmits to it its law.
4. Last result: the legislative power, with the principle theology or theodicy, belongs primarily to the Church. The princes and the king are only the executors of his guns, and the Pope, servant of the servants of God, is elevated above all republics and all thrones, above humanity.

That is the doctrine from which Luther and Calvin, more Christian than the Popes, drew the last execrable consequences, the first giving the signal for the extermination of peasants of the Rhine that he had aroused against the Church, and the second by sending to the stake, not the papists, which would have been a mere reprisal on his part, but reformers of the Church such as himself, such as Michel Servet; a doctrine of which Savonarola, like Jan Huss, was the victim, after having been its apostle; a doctrine that any theist would find at the base of his theodicy, as long as he deduced its antecedents in good faith; that J. J. Rousseau reiterated in his Social Contract, and in the name of which Robespierre guillotined the republic; the doctrine that now serves the King of Prussia to suppress freedom, equality, and all the legal guarantees surrounding his government from the constitution to which he swore his loyalty:

I shall never consent, said Wilhelm IV in his speech at the opening of the Diet of 1847, that between our master who is the