De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/08

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/08/07 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/08/09

[original French]

progrès effectué depuis un siècle les sciences métaphysiques et philosophiques ; en quoi je ne doute pas qu'il ne soit d'accord avec vous. Bien sûr que, s'il osait dire toute sa pensée, il ajouterait aux sciences métaphysiques et philosophiques les morales et politiques, ce qui réjouirait fort, monseigneur, votre religion. Mais à bon entendeur demi-mot. M. Babinet, par Ténumération qu'il fait des découvertes modernes : chemins de fer, télégraphie électrique, daguerréotypie, stéreoscopie, bioscopie, électrotypie, dorure et argenture électrique, tout ce qui tient à la physique, donne clairement à entendre ce qu'il comprend sous la qualification de philosophique. Ce n'est pas lui qui mettra au nombre de nos progrès l'économie politique anglaise, le libre échange, le moral restraint, la centralisation, le suffrage populaire, le principe des nationalités et les frontières naturelles.
Réponse. — Lorsque dans les écoles et dans les livres on s'occupait de savoir si la matière pouvait être conçue sans la notion de l'espace et du temps, si les qualités essentielles de l'existence dépendaient de telle ou telle qualité nécessaire ; si la matière, l'espace et le temps, ces trois grands fondements de l'univers où nous vivons, ou plutôt où nous pensons, si, dis-je, ces trois grands événements sont indispensables à l'existence des êtres, en sorte, par exemple, qu'on pût créer un monde sans substance matérielle, sans espace ou sans durée : quelle intelligence pouvait atteindre à la solution de pareilles questions?
Mais la science moderne est plus modeste. Elle ne cherche point l'ABSOLU, si difficile à trouver, elle se contente des rapports, lesquelssont bien peu accessibles à nos intelligences. Ainsi je ne sais pas quelle est l'essence de la substance matérielle, mais je puis la comparera un poids donné, le gramme, et dire que tel corps pèse tant de grammes et de miligrammes. L'essence de l'espace m'est inconnue, mais je mesure l'espacé que je veux, la terre entière, la France, Paris en kilomètres et en mètres. J'ignore ce que c'est que le temps en lui-même, mais je puis dire que telle durée est de tant de secondes, la seconde étant la 86,400° partie du jour dont la période est invariable. Je ne sais pas ce qu'est en soi-même la force mécanique et le mouvement, mais j'emprisonne la vapeur, et j'en mesure l'élasticité pour l'employer plus tard à mouvoir des masses immenses... L'homme ne connaît pas plus la nature intime de la force de la vapeur dans la locomotive qu'il a créée, qu'il ne connaissait, il y a quelques mille ans, la nature de la force dans le cheval, le chameau ou l'éléphant, qu'il faisait servir à la locomotion... (Revue des Deux Mondes, juillet 1853.)

[English translation]

progress made over the past century the metaphysical and philosophical sciences; in which respect I have no doubt that he is in agreement with you. Of course, if he dared say what he thought, he would add to the metaphysical and philosophical sciences the moral and political, in which, my lord, your religion rejoices. But listen well to half a word. M. Babinet, in listing the modern discoveries of railways, the electric telegraph, the daguerreotype, the stereoscope, the bioscope, the electrotype, electrical gold- and silver-plating, all relating to physics, gives us clearly to understand what he includes in the category of the philosophical. He will not count as part of our progress English political economy, free trade, moral restraint, centralization, popular suffrage, the principle of nationalities and natural boundaries.
Answer. – When schools and books have occupied themselves with knowing whether matter could be conceived without the concept of space and time, if the essential qualities of existence depended on such and such quality necessary if the matter, space and time, these three major foundations of the universe in which we live, or rather in which we think, if, as I say, these three major events are vital to the existence of beings, so, for example, we might create a world with no physical substance, without space or time: what intelligence could reach to the solution of such issues?
But modern science is more modest. It does not seek the ABSOLUTE, so difficult to discover; it contents itself with relationships, which are not easily accessible to our intelligence. So I do not know what is the essence of the material substance, but I can match a given weight, gram, and state such as body weight in grams and milligrams. The essence of the space is unknown for me, but I spaced the extent that I want, the whole earth, France, in Paris kilometers and meters. I do not know what time is in itself, but I can say that this duration is so many seconds, the second being the 86400th part of the day with invariable periods. I do not know what mechanical force and movement is in itself, but I imprison steam, and I measure its elasticity in order to use it later on to move huge masses ... Man no more knows the inmost nature of the power of the steam locomotive he has created than he has known, for a few thousand years, the nature of the force in the horse, camel, or elephant that served his locomotion ... (Revue des Deux-Mondes, July 1853.)