De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/102

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/102/101 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/102/103

[original French]

citoyens, travailleurs, nous dit cette Raison collective, vraiment pratique et juridique, restez chacun ce que vous êtes; conservez, développez votre personnalité; defendez vos intérêts; produisez votre pensée; cultivez cette raison particulière dont la tyrannique exorbitance vous fait aujourd'hui tant de mal; discutez-vous les uns les autres, sauf les égards que des êtres intelligents et absolus se doivent toujours ; redressez-vous, reprochez-vous: respectez seulement les arrêts de votre raison commune, dont les jugements ne peuvent pas être les vôtres, affranchie qu'elle est de cet absolu sans lequel vous ne seriez que des ombres.

Je crois inutile d'insister sur cette distinction fondamentale de la raison individuelle et de la raison collective, la première essentiellement absolutiste, la seconde antipathique à tout absolutisme. Il me faudrait repasser, à ce point de vue nouveau de la constitution des deux raisons contraires, ce que j'ai dit sur le droit des personnes, la distribution du travail et de la richesse, l'organisation du gouvernement. Qu'il me soit permis d'y renvoyer le lecteur.

En résumé, il n'est pas une vérité, dans l'ordre des choses naturelles, à plus forte raison dans l'ordre de la société, pas une formule scientifique ou juridique, qui n'ait été, au jour de sa publication, regardée comme un paradoxe. Or, la cause qui rend ainsi la vérité et la Justice paradoxales est le caractère de notre raison individuelle, qui est absolutiste, d'où se conclut la nécessité d'une raison supérieure, servant de correctif et de modèle à la première.


LIII. — Si la liberté doit être comptée pour quelque chose, et si néanmoins elle devait recevoir une discipline, convenons qu'elle ne pouvait en supporter d'autre que celle-là. La liberté disciplinée par elle-même : c'est le fonds et le tréfonds de toute notre philosophie révolutionnaire. Rien assurément de plus rationnel, de plus moral que cette discipline; mais rien qui ait eu plus de peinera s'établir dans la pratique des nations, gouvernées dès l'origine par l'autorité et la foi, c'est à dire par l'absolu.

[English translation]

citizens, workers, says the genuinely practical and juridical collective reason, remain what you are; preserve, expand your personality; defend your own interests, produce your own thought; develop this particular reason, the tyrannical exorbitance of which does you so much harm today; argue with one another, taking no considerations other than those that intelligent and absolute beings must always take; stand tall, be critical: respect only the judgments of your collective reason, the judgments of which cannot be your own, since they are free from that absolute without which you would be but shadows.

I think it unnecessary to insist on this fundamental distinction between the individual reason and the collective reason, the first essentially absolutist, the second antipathetic to any absolutism. I must reexamine, from this new perspective of the constitution of two contrary reasons, what I said about the rights of persons, the distribution of labor and wealth, the organization of government. Allow me to refer the reader to these.

In summary, there is not one truth in the natural order of things, especially in the order of society, not one scientific or juridical formula, that has not, from the moment of its appearance, been regarded as a paradox. But the cause that thus renders truth and Justice paradoxical is the character of our individuality, which is absolute, from which is derived the necessity of a higher reason, serving as a corrective and model for the first.


LIII. — If freedom is to count for anything, however, and if it is to receive a discipline, let us agree that it could tolerate none other than this. Freedom disciplined by itself: this is the source and foundation of our revolutionary philosophy. Certainly there is nothing more rational, more moral than this discipline, but nothing has been more difficult to establish in the practice of nations, governed from the first by authority and faith, i.e., by the absolute.