De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/103

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[original French]

Le Christ a dit:

Que celui qui n'écoute pas l'Eglise soit pour vous comme païen et publicain.

Par ces paroles, l'auteur de l'Evangile a posé le principe d'autorité en matière d'opinions ; il a condamné le libre examen, la discussion publique, universelle, réciproque j il a pris pour règle la formule Le Maître l'a dit, et condamné d'avance la Révolution. S'il eût vécu de nos jours, il se serait prononcé contre la liberté de la presse. À la foi et à la charité théologales, à la maison de prière et à l'Eglise de Dieu, il ne fallait pas moins que cette sanction du silence, la dernière et la plus absurde invention de l'absolutisme.

Et voilà pourquoi l'Eglise chrétienne ne fut qu'un instant démocratique ; pourquoi nulle Eglise fondée sur un principe de religion ne saurait, en se développant, persister dans la démocratie. La libre discussion aboutissant fatalement à l'élimination de tout absolu, il arrivera toujours l'une de ces deux choses : ou bien, si l'élément religieux est prépondérant dans les âmes, la raison collective s'effacera devant la raison absolutiste, et le gouvernement de la société passera tout entier à l'épiscopat; ou, si l'esprit d'égalité l'emporte et maintient la controverse, la raison théologique sera vaincue, et la société, après avoir commencé par la religion, finira par se déclarer supérieure à toute religion.

L'hérésie à perpétuité, jusqu'à extinction de dogme et épuisement de matière à hérésie, tel est, sans doute, l'effet inévitable de la liberté de discussion ; mais tel est aussi le caractère de la raison publique, dont l'essence est de n'affirmer que des rapports. Or, c'est ce que ne voulait pas le Christ, prophète et fils de Dieu ; ce qu'a de tout temps et avec raison condamné l'Eglise orthodoxe, en qui réside l'esprit de Dieu ; ce qui tue et déshonore les Eglises réformées, soumettant hypocritement à la sanction de leur libre examen la parole de Dieu.

Seule la Révolution, après avoir compris la condition de la vérité scientifique objective, a compris quelle devait

[English translation]

Christ said:

[I]f [thy brother] neglect to hear the church, let him be unto thee as an heathen man and a publican.

With these words, the author of the Gospel established the principle of authority with regard to opinions, and he condemned free, public, universal, and reciprocal discussion; he took the formula the Master says for a rule, and condemned the revolution in advance. Had he lived today, he would have voted against freedom of the press. Theological faith and charity, the house of prayer and the Church of God, require nothing less than the penalty of silence, the last and most absurd invention of absolutism.

And this is why the Christian Church was democratic for but a moment, why no church founded on a principle of religion may, in developing, persist in democracy. Free discussion inevitably leading to the elimination of any absolute, one of two things must inevitably occur: either, if the religious element prevails in the soul, collective reason shall bow before absolutist reason, and the government of society as a whole shall pass to the episcopate, or, if the spirit of equality prevails and prolongs the controversy, theological reason shall be defeated, and the society, having begun with religion, shall eventually declare itself above all religion.

Heresy in perpetuity, to the point of the extinction of dogma and the depletion of heresy's food source: such is, without a doubt, the inevitable effect of freedom of discussion, but such is the nature of public reason, the essence of which is to affirm nothing but relationships. This is what Christ did not wish, as a prophet and the son of God; this is what the Orthodox Church, in which the spirit of God resides, has always condemned, and with good reason; this is what kills and dishonors Reformed Churches, hypocritically subjecting the word of God to the sanction of their free examination.

Only the Revolution, having understood the conditions for objective scientific truth, understood what