De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/104

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[original French]

être la condition de la vérité sociale. Aussi franche dans sa liberté que l'Eglise dans son dogme, elle nous dit:

Tous les Français ont le droit de publier leurs opinions en se conformant aux lois. — La censure ne pourra jamais être rétablie.

Et encore:

Toute loi doit être discutée publiquement, et librement votée par l'assemblée nationale.

Et ailleurs:

La procédure secrète est abolie: les débats seront publics en matière criminelle, à moins que l'honnêteté publique ne s'y oppose.

Ajoutons ce mot fameux, La loi est athée; ce qui ne signifie pas précisément que la Révolution admet toute espèce de culte, bien moins encore qu'elle rejette la conception de l'absolu, mais que sa raison se forme par l'élimination de l'absolu.

Par ces déclarations, la Révolution a proclamé l'indépendance de la pensée; elle a aboli, comme injurieuse à l'homme et au citoyen, l'autorité de l'école; elle n'a exigé, pour les définitions du législateur parlementairement formulées, pour les décrets du prince légalement rendus, pour les arrêts des tribunaux solennellement prononcés, qu'une adhésion conditionnelle et une soumission de fait. Contre les illusions du piétisme, l'arbitraire de l'Etat, les entités de la philosophie, les réticences et les hypocrisies de la science, les coalitions du privilége, l'entraînement des partis, les séductions de l'eloquence, la somnolence des magistrats, et toutes les fantaisies de l'idéal, elle a suscité, pour garantie suprême de vérité et de Justice, quoi? la guerre civile des idées, l'antagonisme des jugements.

Avouons que jamais philosophe, philosophant à priori sur les conditions de l'ordre social, ne se fût avisé de ce moyen: La presse libre, l'anarchie!

Nos braves bourgeois, amoureux de l'ordre jusqu'à la rage, ne sauraient se figurer qu'il y ait dans le conflit des pensées humaines une force organisatrice; ils ne com-

[English translation]

be the status of social truth. As frank in its freedom as the Church is in its dogma, it declares:

All Frenchmen have the right to publish their views in accordance with the law. — Censorship will never be restored.

And again:

Every law should be discussed publicly, and freely enacted by the National Assembly.

And elsewhere:

Secret trials are hereby abolished: The criminal debate will be public, unless the public honesty should object.

Let us add the famous slogan, the law is atheist, which does not specifically mean that the Revolution accepts all kinds of worship, much less that it rejects the concept of the absolute, but that its reason is formed by the elimination of the absolute.

In these statements, the Revolution proclaimed the independence of thought; it abolished, as injurious to human beings and citizens, the authority of the school; it demanded, for the given definitions of the legislative parliamentary, for the decrees of the prince made legally, for the solemnly pronounced judgments of courts, only conditional membership and a submission of fact. Against the illusions of pietism, the arbitrariness of the State, the entities of philosophy, the reluctance and hypocrisies of science, coalitions of privilege, the constraints of political parties, the seductions of eloquence, the drowsiness of judges, and all the fantasies of the ideal, it set forth the supreme guarantee of truth and justice -- what? the civil war of ideas, the antagonism of judgments.

We may avow that never has a philosopher, philosophizing a priori on the conditions of social order, called attention to this means: freedom of the press, anarchy!

Our brave bourgeois, enamored of order to the point of rage, cannot see that there is, in the conflict of human thoughts, an organizing force; they do not under-