De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/108

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[original French]

conde nature, que la France doit, depuis un siècle, ses progrès les plus réels, progrès dont nous espérons encore qu'aucun effort de l'absolutisme, aucune récurrence de la religion, ne sera capable de la faire déchoir.

Rendons-nous compte de ce travail.

De même que, dans les sciences naturelles, l'absolu est constamment éliminé par la critique, qui ne conserve des théories que les phénomènes recueillis et les rapports calculés, et ne s'arrête que devant l'évidence des faits et des séries;

De même, dans les sciences sociales, l'absolu est écarté par la contradiction générale, qui ne laisse subsister des doctrines que les points de fait et de droit dûment constatés, et qui, n'existant elle-même qu'en vue de la Justice, est forcée de s'incliner à son tour devant la Justice.

La vérité des rapports et la Justice, voilà les deux seules choses que respecte l'universelle controverse, et devant lesquelles toute ironie s'évanouit.

Aussi, depuis Descartes, la France n'a-t-elle produit aucun système de philosophie dont le principe, les moyens et l'objet fussent dans l'absolu: l'esprit d'opposition et de critique qui règne parmi nous ne le permettait pas. Ce que l'on a pris pour une marque de l'infériorité de notre génie serait plutôt une preuve de la supériorité de notre intelligence.

De là cette élimination des entités métaphysiques, persévérante, universelle, sans exemple dans l'histoire, qui, passant de la France à l'étranger, caractérise l'époque actuelle, et que j'ai comparée à une circoncision de l'esprit, ou, suivant l'expression d'Aristote, à une purgation.

Purgation des idées morales et religieuses: théisme, panthéisme, athéisme aussi, catholicisme, protestantisme, naturalisme, illuminisme, théophilantropie, messianisme, etc.; tout y a passé. La France ne peut plus supporter de religion; elle demande avec instance qu'on ne. lui en parle plus. Et puisque les idées religieuses, qui ne devaient, disait-on, avoir d'autre but que de servir de base à la Justice, la compromettent, elle supplie qu'on établisse le droit, qu'on 'le définisse sans leur secours, qu'on lui donne une base humaine et phénoménale, qu'on l'affranchisse, en un mot, de toute considération de l'absolu.

[English translation]

cond nature, that France has, for a century, owed the most real progress, a progress that we yet hope may not be stripped from it by any effort of absolutism, by any relapse into religion.

Let us render an account of this labor.

Just as, in the natural sciences, the absolute is eliminated by constant criticism, which retains no theories but the phenomena that have been collected and the relationships that have been calculated, and halts before the evidence of facts and series;

So, in the social sciences, the absolute is disposed of by the general contradiction, which retains no doctrines but the points of fact and law duly recorded, and which itself exists only for the Justice before which, in turn, it is forced to bow down in court.

The truth of relationships and Justice: these are the only two things that the universal controversy respects, and at which any irony evaporates.

Also, since Descartes, France has produced no system of philosophy the principle, the means, and purpose of which consisted in absolutes: the spirit of opposition and criticism that prevails among us would not allow it. What we took for a sign of the inferiority of our genius is more proof of the superiority of our intelligence.

Hence the consistent, universal elimination of metaphysical entities, unprecedented in history, which, exported abroad from France, now characterizes our era, and I have compared to a circumcision of the mind, or, according to Aristotle, a purgation.

Purgation of moral and religious ideas: theism, pantheism, as well as atheism, Catholicism, Protestantism, naturalism, Enlightenment, theo-philanthropy, messianism, and so on. Everything is past. France can no longer bear religion, and urges that it be spoken of no more. And because the very religious ideas that should, as has been said, have no other purpose than to serve as a basis for Justice, in fact compromise it, it begs us to lay down the law, to define it without their help, to give it a human and phenomenal basis, to free it, in a word, from any consideration of the absolute.