De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/110

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[original French]

-nation de l'absolu, la purgation des idées, la balance du moi par le moi, ce qui veut dire la réduction de toutes les théories sociales, politiques, économiques, religieuses, à l'égalité pure, à la Justice? Et ne vous vient-il pas à l'esprit que l'homme qui aura le mieux travaillé à cette grande et définitive expurgation pourrait bien être aussi celui qui aura le plus efficacement servi la constitution sociale?

LVI. — Résumons ce chapitre en quelques propositions qui fixent la pensée du lecteur.

La théorie de la raison collective repose sur ce fait d'observation noologique, qu'aucune explication ne saurait détruire :

Lorsque deux ou plusieurs hommes sont appelés à se prononcer contradictoirement sur une question, soit de l'ordre naturel, soit, et à plus forte raison, de l'ordre humain, il résulte de l'élimination qu'ils sont conduits à faire reciproquement et respectivement de leur subjectivité, c'est à dire de l'absolu que le moi affirme et qu'il représente, une manière de voir commune, qui ne ressemble plus du tout, ni pour le fond ni pour la forme, à ce qu'aurait été, sans ce débat, leur façon de penser individuelle.

Cette manière de voir, dans laquelle il n'entre que des rapports purs, sans mélange d'élément métaphysique et absolutiste, constitue la raison collective ou raison publique.

Il suit de cette différence de qualité entre les deux raisons que si, au lieu de soumettre la question à un débat préalable, les mêmes individus l'eussent préjugée par consentement tacite, en opinant seulement du bonnet, comme on dit au palais, leurs opinions, émanées toutes du même sentiment d'absolutisme qui fait l'essence de l'individualité, se seraient trouvées parfaitement homologues, mais qu'en même temps leurs intérêts auraient été dans un complet antagonisme : situation tout à fait inverse de celle que crée la raison collective.

C'est ainsi que s'est établie dans l'origine la propriété. Elle est résultée du consentement des raisons particulières, dont le faisceau, spontanément formé, a emporté d'auto

[English translation]

of the absolute, the purging of the ideas, the balance of ego by ego, which means the reduction of all the social, political, economic, and religious theories to pure equality, to justice? And does it not occur to you that the man who has best labored at this great and definitive expurgation might also be the one who will most effectively serve the social constitution?


LVI. — Let us sum this chapter by some propositions that focus the thought of the reader.

The theory of collective reason rests on this fact of noological observation, that no explanation can destroy:

When two or more men have to come to a conclusion contradictorily about a question, either of the natural order, or, and with stronger reason, of human nature, it results from the reciprocal and respective elimination that they are led to make of their subjectivity, i.e. the absolute that the ego affirms and represents, is a common manner of seeing, which no longer resembles, either in content or in form, what it would have been without this debate, their individual way of thinking.

This manner of seeing, into which only pure relations enter, without mixtures of metaphysical and absolutist elements, constitutes the collective or public reason.

It follows from this difference in quality between the two reasons that if, instead of referring the matter to a preliminary debate, the same individuals had prejudged by the tacit consent, nodding in agreement, as they say on the palace, their opinions, all emanating from the same sense of absolutism that is the essence of individuality, would be found perfect counterparts, but at the same time their interests would have been in a complete antagonism: a situation quite the opposite from that which creates the collective reason.

It is thus that property was originally established. It resulted from the consent of particular reasons, the bundle of which, spontaneously formed, has taken for authority