De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/115

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[original French]

l'économie. Voilà tout le système social : une équation, et par suite une puissance de collectivité.

Deux familles, deux cités, deux provinces, contractent sur le même pied : il n'y a toujours que ces deux choses, une équation et une puissance de collectivité. Il impliquerait contradiction, violation de la Justice, qu'il y eût autre chose.

C'est pour cela que toute institution, tout décret qui ne relève pas exclusivement de la Justice et de l'égalité, succombe bientôt aux attaques de la critique, aux incursions du libre examen. Car, de même que dans la nature toute existence peut être récusée au nom de la dignité et de la liberté, de même dans la société tout établissement peut être récusé au nom de la Justice ; il n'y a que la Justice qui ne puisse être récusée au nom de rien. La Justice est inamovible, immodifiable, éternelle; tout le reste est transitoire.

Et voilà comment les religions, les constitutions politiques, les utopies de toute espèce imaginées pour la conciliation de l'intérêt individuel et de l'intérêt collectif, mais ayant toutes la prétention de partir de plus haut que la Justice, de faire plus ou mieux que la Justice, de se servir de la Justice au lieu de la servir elle-même, ont fini par être trouvées toutes contraires à la Justice, et, au nom de la Justice, éliminées. Ce sont des créations de l'absolutisme individuel, déguisées sous le masque de la Divinité.

Et il en sera de même aussi longtemps que la pensée de l'absolu restera prépondérante dans le gouvernement des sociétés. Il n'est combinaison de la force et de la ruse, de la superstition et du machiavélisme, de l'aristocratie et de la misère, qui puisse avoir définitivement raison de la Justice. Et si cette Justice est armée de la critique, si vous lui donnez pour appariteur la discussion quotidienne, universelle, des institutions et des idées, des jugements et des actes, la conspiration ne saurait tenir un instant. Au grand jour de la controverse, les monstres que le scepticisme et la tyrannie enfantent seront forcés de fuir et de cacher sous terre leurs faces ridicules.

Autre est donc la raison individuelle, absolutiste, procédant par genèses et syllogismes, tendant constamment, par la subordination des personnes, des fonctions, des

[English translation]

economy. There is the whole social system: an equation, and then a power of collectivity.

Two families, two cities, two provinces, contract on the same footing: there is always that these two things, an equation and power of collectivity. It would involve a contradiction, a violation of Justice, if there were anything else.

This is why every institution, every decree which does not rise exclusively from Justice and equality, soon succumbs to the attacks of critique, to the incursions of free examination. For, just as in nature all existence may be challenged in the name of dignity and liberty, so in society every establishment can be challenged in the name of Justice; it is only Justice which cannot be challenged on any account. Justice est never-changing, unalterable, eternal; all the rest is transitory.

And there is how the religions religions, the political constitutions, the utopias of every species imagined for the conciliation of individual and collective interest, but having all the pretension to start higher than Justice, to do more or better than Justice, to make Justice serve rather than serving Justice, have ended by all being found contrary to Justice, and, in the name of Justice, eliminated. These are creations of individual absolutism, disguised under the mask of Divinity.

And it will be the same as long as the thought of the absolute remains predominant in the government of societies. There is not a combination of force and ruse, of superstition and Machiavellianism, of aristocracy and poverty, which could definitely get the better of Justice. And if that Justice is armed with critique, if you give it for appariteur the daily, universal discussion of institutions and ideas, judgments and acts, the conspiracy could not hold an instant. In the noonday sun of the controversy, the monsters that skepticism and tyranny give birth to will be forced to flee and to hide their ridiculous faces underground.

Individual, absolutist reason, proceeding by geneses and syllogisms, is different, tending constantly, by the subordination of persons, functions,