De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/119

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/119/118 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/119/120

[original French]

LX. — Organisme de la raison publique.

L'idée de l'absolu s'étant réalisée dans toutes les créations de l'ancien régime, l'idée de la Justice doit se réaliser à sa place dans toutes les institutions du nouveau.

Vous demandez quel est l'organe de la raison collective?

Naturellement ce ne peut pas être l'individu, bien que l'individu soit capable, par l'habitude de la dialectique et par la pratique de la Justice, d'exprimer avec plus ou moins de bonheur la pensée générale. Trop d'absolutisme se mêle aux œuvres de la personnalité, pour qu'elle puisse être jamais prise pour arbitre du droit.

L'organe de la raison collective est le même que celui de la force collective : c'est le groupe travailleur, instructeur; la compagnie industrielle, savante, artiste; les académies, écoles, municipalités; c'est l'assemblée nationale, le club, le jury; toute réunion d'hommes, en un mot, formée pour la discussion des idées et la recherche du droit : Ubicumque fuerint duo vel tres congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum.

Une seule précaution est à prendre : c'est de s'assurer que la collectivité interrogée ne vote pas, comme un homme, en vertu d'un sentiment particulier devenu commun; c.e qui n'aboutirait qu'à une immense escroquerie, ainsi qu'il se peut voir dans la plupart des jugements populaires. Combattre contre un seul homme, c'est la loi de la bataille : voter comme un seul homme, c'est le renversement de la raison.

Posons plutôt ce principe : L'impersonnalité de la raison publique suppose, pour principe, la plus grande contradiction, pour organe, la plus grande multiplicité possible. Et c'est seulement afin d'assurer cette impersonnalité qu'il peut être à propos de créer, pour la police des débats et la garde de l'opinion, une magistrature spéciale. Combien de fois, hélas! depuis soixante ans, n'avons-nous pas eu lieu de reconnaître l'inanité de la sauvegarde publique^ quand elle n'a pas pour organe un pouvoir chargé de la représenter et d'agir d'office en son nom, comme le ministère public est chargé, an nom de la sûreté générale, de la répression des délits et des crimesV Si nos académies avaient retenu l'esprit de leur origine,

[English translation]

LX. — Organism of the public reason.

The idea of the absolute having been realized in all the creations of the old regime, the idea of Justice must be realized in its place in all the institutions of the new.

You ask what is the organ of the collective reason?

Naturally it cannot be the individual, even if the individual is capable, through familiarity with the dialectic and the practice of Justice, of expressing with more or less felicity the general thought. Too much absolutism is mixed in with the works of the personality, so that it can never be taken for an arbiter of right.

The organ of the collective reason is the same as that of the collective force: it is the group assembled for labor, for study; the society, whether industrial, scholarly, or artistic; academies, schools, municipalities; it is the national assembly, the club, the jury; any meeting of men, in a word, formed for the discussion of ideas and inquiry into questions of right: Ubicumque fuerint duo vel tres congregati in nomine meo, ibi sunt in medio corum.

Only one precaution is to be taken: it is to make sure that when a question is put to a vote, the community does not vote as a single man, under the terms of a particular feeling that has become shared, which would lead only to an immense swindle, as can be seen in most popular judgements. To fight like a single man is the law of battle; to vote like a single man is the inversion of reason.

Let us pose this principle rather: the impersonality of the public reason presupposes, as its principle, the greatest possible contradiction, and for its means, the greatest multiplicity possible. And it is only with the end of assuring this impersonality that it can be to propose to create, for the police of conversations and the guardian of opinion, a special magistrature. How many times, alas, in the last sixty years have we not had occasion to recognize the inanity of the public safety when it has no organ of power charged with representing and acting in the office in its name, as the public ministry is charged, in the name of general security, with the repression of offences and crimes?

If our academies had retained the spirit of their origin,