De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/12

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[original French]

qu'à soumettre toutes les idées, toutes les croyances, au critère de son empirisme, à rendre sensible aux intelligences les plus grossières ce qui.ne saurait être atteint que par une méditation profonde, aidée encore par une longue préparation du cœur. La grâce de Jésus-Christ, selon nous, ne justifie pas seulement, elle éclaire. La philosophie se flatte, sans le secours de la grâce, de parler pertinemment de la Justice et de la morale ; sans l'appui de la révélation, de pénétrer les secrets de la Divinité; sans religion, de gouverner la société. La philosophie, en un mot, depuis Bacon, aspire à se passer de Dieu. Diderot, Buffon, La Place et tant d'autres, ne s'en sont point cachés. Plutôt que d'admettre son intervention quelque part, ils posent des limites à sa puissance, ils en posent à l'univers. Ce que l'œil ne peut voir, l'oreille entendre, l'induction ou la généralisation expliquer, selon eux, n'existe pas. Telles sont leurs maximes, et nous les avons parfaitement comprises.

" Par malheur, nous voyons que cet orgueil philosophique ne se soutient pas. A peine la carrière était ouverte, la méthode donnée, le but indiqué, que les philosophes se sont mis à théologiser plus que n'avait jamais fait la sco- lastique. Certainement ils ont fait dans les sciences physiques de belles découvertes : mais ce n'a jamais été que pour revenir avec plus de force aux choses métaphysiques, a ces choses qui, d'après leurs propres définitions, ne les concernent point, attendu que selon euxelles n'existent pas, Galilée se met à commenter la Bible, Descartes démontre l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, Pascal écrit sur la grâce et réfute les jésuites, Newton explique l'Apocalypse ; Spinoza, aussi bien que Malebrancbe qui voit tout en Dieu, refait à sa manière la religion ; Kant déclare l'impuissance de la raison pure à s'élever à Dieu, auquel il revient par la raison pratique ; Rousseau, Voltaire sont déistes, c est à dire des chrétiens libertins et inconséquents; Leibnitz invente son harmonie préétablie, ses monades, son meilleur des mondes, le tout afin de concilier la prescience de Dieu avec la liberté du philosophe. Ce qui les tourmente surtout est de savoir sur quoi établir. Dieu et sa religion absente, la loi morale et l'ordre politique : c'est alors qu'il faut les voir théologiser et me

[English translation]

than to submit all ideas, all beliefs, to the test of its empiricism, to render perceptible to the crudest intelligences what can only be achieved by a deep meditation, further aided by a long preparation of the heart. The grace of Jesus Christ, in our view, does not only justify, it illuminates. Philosophy flatters itself that it may speak cogently of Justice and morality without the help of grace; that it may penetrate the secrets of the Divine without the aid of revelation; that it may govern society without religion. In short, since Bacon, philosophy has aspired to do without God. Diderot, Buffon, La Place and many others, did not hide their intentions in this regard. Rather than admit his intervention anywhere, they set limits to his power, they attributed it to the universe. What the eye cannot see, the ears hear, induction or generalization explain, in their view, does not exist. These are their maxims, and we understand them fully.

“Unfortunately, we see that this philosophical pride cannot be sustained. Barely was its career begun, its method given, its goal indicated, before philosophers began to theologize more than the Scholastics ever had. Certainly they made nice discoveries in the physical sciences: but it was only ever to return with even greater force to metaphysical things, those things that, according to their own definitions, they should not be concerned with at all, since according to them, they do not exist. Galileo comments on the Bible, Descartes demonstrates the existence of God and the immortality of the soul, Pascal writes on grace and refutes the Jesuits, Newton explains the Apocalypse; Spinoza, as well as Malebranche who sees everything in God, reconstructed religion after his own fashion; Kant declared the impotence of Pure Reason to reach God, from whence he returns to practical reason; Rousseau and Voltaire are deists, in other words, libertine and inconsistent Christians; Leibniz invented his pre-established harmony, his monads, his best of all possible worlds, all in order to reconcile God’s prescience with the philosopher’s freedom. What particularly torments them is to know, in the absence of God and his religion, upon what moral law and political order may be established: it is then that we must see them theologize and