De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/121

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[original French]

" Ce serait superstition pure, la mort de la science, de la morale et de l'art.

" Il se peut, il est rationnel de penser, d'après la marche des sciences, qui nous révèle sans cesse de nouvelles essences, de nouveaux absolus; il se peut, disons- nous, que Dieu, l'absolu des absolus, pas plus que la matière dont l'univers est formé, ne soit un pur néant : c'est une hypothèse qu'il serait d'une égale faiblesse d'esprit de nier on d'admettre, et c'est déjà le signe d'une raison malade de s'en préoccuper. Ce qui est certain, c'est que cet absolu qui, sous les noms de Dieu, nature, force créatrice, se présente sans cesse dans le discours pour la commodité de l'exposition, n'existe pas, pour la science, en dehors de la pnénoménalité universelle; que hors de cette phénoménalité il doit être compté par le philosophe comme rien, par le jurisconsulte comme moins que rien, par l'écrivain et l'artiste comme le fantôme de rien.

" L'absolu, dans le ciel de l'intelligence, joue le même rôle que les comètes dans le ciel de la nature. On conjecture aujourd'hui que ces prétendus astres, qui effrayèrent si longtemps les populations superstitieuses, et dont la rencontre, suivant Buffon, aurait détaché, comme des éclaboussures, les planètes du soleil et causé plus tard les cataclysmes de notre petit globe, se réduisent à d'immenses traînées de vapeur, dont la tête ne serait qu'une bulle gonflée par l'éther et dont l'enveloppe, de plusieurs mille lieues de diamètre, n'a peut-être pas un millimètre d'épaisseur. Plus ces bulles ont de légèreté et de transparence, plus elles brillent et étonnent, jusqu'à ce qu'elles éclatent, laissant à peine de leur figure épouvantable quelques gouttes de liquide perdu dans l'espace. „

Ai-je trop dit? Pourquoi le magnétisme animal, les esprits frappeurs, les tables tournantes, n'ont-ils pu se faire ouvrir la porte de l'Institut? Il n'y en a pas d'autre raison que celle indiquée par M. Babinet : c'est que ces prétendus phénomènes n'obéissent point jusqu'à présent aux ordres de l'observateur, c'est de la magie, de la superstition, une sorte d'évocation de l'absolu. Le soupçon d'absolu dans une expérience suffit, et avec raison, pour écarter le soi- disant expérimentateur. II n'est plus de la compétence de

[English translation]

"That would be pure superstition, the death of science, morals and art.

"It is possible, it is rational to think, d'après the advance of the sciences, which reveal to us unceasingly new essences, new absolutes; il se peut, we say, that God, the absolute of absolutes, no more than the matter of which the universe is formed, can be a pure nothing: it is a hypothesis that it would be equally feeble-minded to deny or to accept, and it is already a sign of a sick reason to be preoccupied with it. What is certain, is that the absolute which, under the names of God, nature, and creative force, presents itself unceasingly in the discourse pour la commodité de l'exposition, does not exist, for science, apart from universal phenomenality; that outside that phenomenality it must be counted by the philosopher as nothing, by the jurisconsulte as less than nothing, by the writer and artist as the ghost of nothing.

"The absolute, in the sky of intelligence, plays the same role as the comets in the sky of nature. It is conjectured that these alleged stars, which have frightened superstitious populations for so long, and of which the meeting, according to Buffon, had detached, like some spatters, the planets from the sun and later caused the cataclysms of our small globe, are reduced to some immense trails of vapor, the head of which is nothing by a bubble swollen by the ether and the envelope of which, several thousand leagues in diameter, has not perhaps a millimeter of thickness. The more these bubbles have of lightness and transparency, the more they shine and amaze, until they burst, leaving of their appalling figure hardly more than some drops of liquid lost in space."

Have I said too much? Why have animal magnetism, the rapping spirits, the turning tables, not been able to open the door of the Institute? There is no reason other than that indicated by M. Babinet: it is that these supposed phenomena have not obeyed up to the present the order of the observer, it is of magic, of superstition, a sort of evocation of the absolute. The suspicion of the absolute in an experiment is enough, and with reason, to rule out the so-called experimenter. It is no longer within the competence of