De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/125

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[original French]

respectable, au fond, que l'absolu bleu et vice versa, l'erreur étant d'un côté autant que de l'autre, il reste, en tout état de cause, maître de ses engagements.

Comment les jacobins, ces épurateurs éternels, devinrent-ils, après le coup d'Etat de brumaire, presque tous apostats? C'est qu'avec leur spiritualisme, leur Etre suprême, leur république une et indivisible, leur propriété romaine, leur souveraineté du peuple, et toutes leurs entités métaphysiques renouvelées de l'ancien régime, ils juraient, non par la Justice et la Vérité, mais par l'absolu. Il leur eût fallu une grâce spéciale pour rester quand même dans leur républicanisme. Bonaparte se couronnait empereur, faisait disparaître une à une toutes les libertés : ils affectaient de ne voir en lui que l'homme de la démocratie. C'était, disaient-ils, l'épée de la Révolution! Ils servaient leur pays, comme M. Portalis, sous tous les gouvernements.

Mais Mirabeau, dont ces mêmes jacobins voudraient effacer le nom de nos fastes révolutionnaires, Mirabeau, pensionnaire secret de Louis XVI et qu'on flétrit aujourd'hui de l'épithète de vendu, ne fut point apostat. On peut l'accuser d'inconduite et désapprouver une tactique dans laquelle entrait la stipulation de ses intérêts personnels : il ne vendit pas sa pensée et sa conscience ; il ne souscrivit jamais aux vues de la cour, incompatibles avec les principes philosophiques et les idées de droit dont il s'était fait une seconde nature ; il ne se prosterna jamais devant l'absolu monarchique ; il le força, au contraire, de ployer devant son programme, qui n'était autre que la Révolution pour principe avec la royauté constitutionnelle pour organe. Mirabeau voulait fortement deux choses, dans lesquelles l'absolu n'entrait pour rien : l'abolition du système féodal et chrétien, en un mot la liberté, et l'unité monarchique, comme résultante et condition de l'équilibre des forces sociales. On peut trouver à redire à ce système, ainsi que nous l'avons fait dans notre 4e Etude, chapitre vu : pour Mirabeau, c'était la vérité, la certitude même. Il s'offrit au roi pour l'appliquer, non pour le fausser : ce que ne firent pas les jacobins qui baisaient les bottes de Napoléon. Le nom de Mirabeau est synonyme de monarchie domptée: il n'y paraît nulle part autant que

[English translation]

respectable, au fond, que l'absolu bleu et vice versa, l'erreur étant d'un côté autant que de l'autre, il reste, en tout état de cause, maître de ses engagements.

Comment les jacobins, ces épurateurs éternels, devinrent-ils, après le coup d'Etat de brumaire, presque tous apostats? C'est qu'avec leur spiritualisme, leur Etre suprême, leur république une et indivisible, leur propriété romaine, leur souveraineté du peuple, et toutes leurs entités métaphysiques renouvelées de l'ancien régime, ils juraient, non par la Justice et la Vérité, mais par l'absolu. Il leur eût fallu une grâce spéciale pour rester quand même dans leur républicanisme. Bonaparte se couronnait empereur, faisait disparaître une à une toutes les libertés : ils affectaient de ne voir en lui que l'homme de la démocratie. C'était, disaient-ils, l'épée de la Révolution! Ils servaient leur pays, comme M. Portalis, sous tous les gouvernements.

Mais Mirabeau, dont ces mêmes jacobins voudraient effacer le nom de nos fastes révolutionnaires, Mirabeau, pensionnaire secret de Louis XVI et qu'on flétrit aujourd'hui de l'épithète de vendu, ne fut point apostat. On peut l'accuser d'inconduite et désapprouver une tactique dans laquelle entrait la stipulation de ses intérêts personnels : il ne vendit pas sa pensée et sa conscience ; il ne souscrivit jamais aux vues de la cour, incompatibles avec les principes philosophiques et les idées de droit dont il s'était fait une seconde nature ; il ne se prosterna jamais devant l'absolu monarchique ; il le força, au contraire, de ployer devant son programme, qui n'était autre que la Révolution pour principe avec la royauté constitutionnelle pour organe. Mirabeau voulait fortement deux choses, dans lesquelles l'absolu n'entrait pour rien : l'abolition du système féodal et chrétien, en un mot la liberté, et l'unité monarchique, comme résultante et condition de l'équilibre des forces sociales. On peut trouver à redire à ce système, ainsi que nous l'avons fait dans notre 4e Etude, chapitre vu : pour Mirabeau, c'était la vérité, la certitude même. Il s'offrit au roi pour l'appliquer, non pour le fausser : ce que ne firent pas les jacobins qui baisaient les bottes de Napoléon. Le nom de Mirabeau est synonyme de monarchie domptée: il n'y paraît nulle part autant que