De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/129

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[original French]

Sans doute il est des âmes que la moindre indélicatesse révolte et qui croiraient outrager leur religion s'ils lui demandaient l'excuse de leur inconstance ; mais la multitude ne prend pas pour modèles ces types chevaleresques, et c'est pour la multitude que sont faites les institutions. Qui ne sent que les variations populaires seront d'autant plus rares que les idées seront mieux définies, la moyenne vertu hésitant toujours plus devant une proposition scientifiquement établie que devant une formule qui implique dans ses termes la dévotion à un absolu ?

Nos hommes d'État le comprennent tous : avares pour le peuple d'instruction positive, ils lui prodiguent la religion; d'autant plus hostiles contre l'idée, qu'ils ne connaissent qu'elle d'incorruptible.

Encore un apologue, et j'ai fini.

En 1853, après le rétablissement de l'empire, j'eus occasion de voir le ministre de l'intérieur, M. de Persigny. Il s'agissait d'une affaire administrative, dont je n'ai pas à entretenir le lecteur. M. de Persigny m'accueillit avec bienveillance ; puis, la question qui faisait l'objet de ma visite épuisée, entra en propos. — Comment vous, monsieur Proudhon, me dit-il, n'avez-vous pas compris en 1848 que la tradition napoléonienne serait cent fois plus puissante sur le peuple que la vôtre? — Je l'ai si bien compris, monsieur le ministre, répondis-je, que c'est précisément à cause de cela que j'ai fait une si vive opposition à Louis Bonaparte. — Je ne vous comprends plus alors ; ne sommes-nous pas aussi la Révolution, la démocratie? — Non, monsieur le ministre, répliquai-je, vous n'êtes pas la Révolution, vous n'êtes pas la démocratie, vous n'êtes pas même dans la tradition impériale. Vous êtes fatalement, bon gré mal gré, une réaction, et vous ne semblez pas vous en apercevoir. Napoléon Ier, cet enfant des circonstances, et que les circonstances réduisirent en définitive , malgré son génie et ses victoires, à jouer le rôle de Monk, n'aurait pas demandé mieux que de jouer celui de Mahomet. Il n'aurait pas chassé l'ange Gabriel et mis la jument Al- borak à la porte de ses écuries. Qui lui aurait fait voir que la Révolution contenait en elle-même quelque chose de plus saint, de plus puissant, que le christianisme, et qu'il ne tenait qu'à lui d'attacher son nom à cet établis

[English translation]

Without doubt there are any unscrupulous souls who believe rebellion and insulting their religion if they asked him the excuse for their inconsistency, but the multitude does not model these types of chivalry, and for the many that are made institutions. Who does not feel that the popular variations are even more rare that ideas are better defined, the average under increasingly hesitant to scientifically established that a proposal to a formula that implies in terms of its devotion to an absolute?

Our statesmen understand it all: greedy for positive instruction for the people, they lavished religion on it; even more hostile against the idea, which they know alone to be incorruptible.

One more apologue, and I shall conclude.

In 1853, after the restoration of the empire, I had occasion to see the Minister of Interior, Mr. Persigny. It was an administrative matter, which I did not maintain the drive. Mr. Persigny greeted me with kindness, then the question was the subject of my visit exhausted, entered about. — How you, Mr. Proudhon, he said, did you not understand in 1848 that the Napoleonic tradition would be a hundred times more powerful among the people than yours? — If I understand it, M. Minister, I replied that it is precisely because of this that I made such a strong opposition to Louis Bonaparte. — I do not understand you then, are we not also the Revolution, democracy? — No, M. Minister, I replied, you are not the Revolution, you are not of democracy, you are not even in the imperial tradition. You are inevitably, willingly or unwillingly, a reaction, and you do not seem to see yourself. Napoléon I, the child of circumstances and the circumstances that ultimately reduced, despite his genius and his victories, to act as Monk would have liked nothing better than playing that of Mohammed. It would not have driven the angel Gabriel and put the mare of Al-Borak at the gate of his stables. Who would have shown that the Revolution itself contained something more holy, more powerful than Christianity, and it was up to him to attach his name to this