De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/13

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/13/12 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/13/14

[original French]

taphysiquer de plus belle. Et pour aboutir à quoi, ô mon Dieu! L'un d'eux, le sceptique Bayle, avait eu beau soutenir, il était certes en cela parfaitement d'accord avec la méthode, qu'une société d'athées était possible : la proposition fut regardée comme une excentricité philosophique. Personne ne le suivit. Le seul qui voulut être conséquent, Hobbes, prit le parti de nier la Justice ; il lui substitua la force et le despotisme. Ce fut le signal de la retraite. Spinoza, cet Hercule de l'Absolu, intitule son livre Traité théologico-politique; le premier livre de son Éthique'est une démonstration de Dieu. Voltaire prend pour devise : Dieu et liberté. Rousseau déclare qu'il ne croit pas qu'un athée puisse être honnête homme. Robespierre fait décréter l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Napoléon rend le Concordat. Ne parlons pas des autres, qui n'ont ni le mérite de l'audace, ni la bonne foi du repentir : ce sont des tartufes.

" Comment donc, si la philosophie est tellement sûre de la méthode, si depuis 'Bacon elle a véritablement renoncé à toute recherche sur Yen soi des choses, comment depuis Bacon ne cesse-t-elle d'y revenir? Comment n'a-t-elle pas encore su l'appliquer aux choses morales et politiques, là où elle serait si utile, là où il serait si intéressant de lui voir faire ses preuves ? Qu'est-ce qui l'empêche d'aller en avant? D'où vient notamment que depuis un siècle, tandis que les sciences physiques nous donnent coup sur coup la machine à vapeur, les chemins de fer, la télégraphie électrique, etc., le progrès des sciences morales et politiques, représentées par une des cinq classes de l'Institut, dans laquelle il y a toujours un ou plusieurs savants, a été si médiocre, pour ne pas dire absolument nul? Que dis-je? d'où vient que toute notre philosophie morale se reduit à un perpétuel hommage al'Absolu, à la religion ?Ne serait- ce point une preuve que les choses de la morale et de la politique ne sont pas de la compétence du savoir humain, qu'une révélation est ici nécessaire, etc., etc.? „

IV. — D'où vient cela, monseigneur? Est-ce à vous, ministre de l'Eglise, en possession depuis plus de dix-huit cents ans du monopole de l'éducation et de la morale, chargé par autorité divine du soin d'énerver les con-

[English translation]

metaphysicize with a vengeance. And to achieve this, oh, my God! One of them, the skeptic Bayle, had good support, he certainly was, in this respect, perfectly in agreement with the method, that an atheist society was possible: the proposition was regarded as a philosophical eccentricity. Nobody followed him. The only one who wanted to follow him, Hobbes, took the side of a denial of Justice; he replaced it with power and despotism. This was the signal for a retreat. Spinoza, that Hercules of the Absolute, entitles his book the Theologico-Political Treatise, and the first book of his Ethics is a proof of God’s existence. Voltaire took for his motto: GOD and freedom. Rousseau said he does not believe that an atheist can be an honest man. Robespierre decreed the existence of God and the immortality of the soul. Napoleon makes the Concordat. Let us not speak of others, who have neither the virtue of audacity, or the good faith of repentance: they are Tartuffes.

"How then, if philosophy is so sure of its method — if, since Bacon, it has really renounced any research on the in-itself [en soi] of things — then why is it that, since Bacon, philosophy has continually returned to this? Why has it not yet been able to apply itself to moral and political affairs, where it would be so useful, where it would be interesting to see it prove itself? What prevents it from advancing? Why is it that, particularly over the past century, while the physical sciences have given us time and time again the steam engine, railroads, the electric telegraph, and so on, the progress of the moral and political sciences, represented by one of the five classes of the Institute, in which there is always one or more scientists, was so poor, if not absolutely zero? What do I say? Wherefore is our whole moral philosophy reduced to a perpetual tribute to the Absolute, to religion? Would that not be proof that things of morality and politics are not within the competence of human knowledge, that revelation is necessary here, etc., etc.? "

IV. — Whence comes all this, monsignor? Is it from you, minister of the Church, in possession for over eighteen hundred years of a monopoly on education and morality, charged by divine authority to agitate the con-