De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/14

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[original French]

sciences et d'intimider les esprits, à qui le bras séculier n'a jamais refusé son office pour la répression des libres penseurs, est-ce à vous de faire une pareille question? Eh ! quoi, il y a à peine deux siècles que le monde a commencé de philosopher avec un peu de suite et de méthode, c'est à dire d'observer avant de conclure ; il n'y a pas cent ans que la Révolution a affranchi les philosophes et leurs livres du bûcher, et vous vous étonnez que nous n'ayons pas fait plus de progrès ! Vous ignorez ou vous feignez d'ignorer que les premiers en philosophie ont été presque toujours les premiers dans la foi, et que c'est pour l'âme religieuse et raisonneuse en même temps une crise terrible que le moment où elle doit franchir, pour ne le repasser jamais, l'abîme qui sépare l'une de l'autre la philosophie et la religion ! Vous ne comprenez pas que le préjugé, quand il est si profond, si universel, si parfaitement organisé, si bien défendu, est long à détruire; que la vérité ne s'acquiert qu'au prix d'immenses efforts, que si l'intuition est prompte, la généralisation est lente et difficile, et que dans toute révolution il y a des retours, des rechutes? Oui, certes, ce qui arrête, depuis Descartes, les philosophes, matérialistes, panthéistes, idéalistes, ce qui les met tous aux prises, et qui entretient parmi eux la contradiction et le doute, ce qui a mis la philosophie à vos pieds et qui vous livre en ce moment le pouvoir et la société, c'est toujours la considération de cet en soi, tantôt esprit, tantôt matière, tantôt univers ou âme du monde, tantôt idée pure, que le sensualisme et le spiritualisme nous accoutument dès l'enfance à rechercher en toute chose, auquel nous revenons sans cesse comme le païen vers son idole, et pour qui nous nous battons dans nos livres, en attendant que nous nous rencontrions sur nos places publiques. Mais ne perdez patience : le spectacle auquel vous assistez est la dernière bataille livrée par la philosophie positive à l'Absolu. Le temps perdu sera bientôt regagné. Déjà l'on commence à se reconnaître. Ne sentez-vous pas l'intention ironique de ce savant qui, en parlant de métaphysique, embrasse toute votre théologie?

Voyez jusqu'où M. Babinet vous eût mené avec son argumentation, si la prudence académique ne lui tenait bouche close !

[English translation]

science and intimidate the mind, the secular arm of which has never denied its office for the suppression of free thinkers, does it belong to you to pose such a question? Eh! Otherwise, there is barely two centuries that the world began to philosophize with a little result and method, i.e. to observe before concluding it is not a hundred years that the Revolution has freed philosophers and their books of the pile, and you surprised that we have not made more progress! You do not know where you feignez to ignore that the first philosophy were almost always the first in the faith, and it is for the soul and religious raisonneuse at the same time a crisis that terrible moment when she must pass, would never return, the chasm separating from one another philosophy and religion! You do not understand that prejudice, when it is so deep, so universal, so perfectly organized so well defended, to destroy long, but the truth is acquired only at the cost of enormous effort, that if the Intuition is prompt, the generalization is slow and difficult, and that in any revolution there are returns, relapses? Yes, yes, what stops, since Descartes, philosophers, materialistic, pantheistic idealistic, making them all grappling, and fosters among them the contradiction and doubt, which has been the philosophy at your feet and you book at the moment and the power company is still considering this in itself, sometimes mind, sometimes matters, sometimes universe or soul of the world, sometimes pure idea that the sensualisme spiritualism and therefore we accoutument ' Children seek in all things, in which we go back ceaselessly as pagan to his idol, and for whom we are fighting in our books, until we meet our public places. But do not lose patience: the show you attend is the latest battle in the philosophy positively to the Absolute. The time lost will be returned. Already we are beginning to identify. Do you not sense the ironic intent of this scientist who, in speaking of metaphysics, embraces all your theology?

See how far M. Babinet you would have gone with his argument, if academic caution had not closed his mouth!