De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/145

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[original French]

raison de ce doute, dont vous me faites une règle, que vous m'ordonnez de suspendre mon jugement.

Telle est donc ma première proposition, dont la certitude est invincible : Je Doute.

Si je doute, je pense; 2e proposition, également certaine.

Si je pense, je suis ; 3e proposition.

Et voilà le pyrrhonisme par terre.

Avec la certitude subjective, en effet, tout le monde intérieur, c'est à dire la vie individuelle et sociale, la liberté, la Justice, l'économie, l'art, est donné. Restait à établir, soit par antithèse, soit par extension de ce premier terme, la certitude objective, à trouver le passage du monde intérieur au monde extérieur : ce qui était plus difficile, et où la philosophie de Descartes, de même que celle de Kant, faisant intervenir Dieu dans la philosophie au moment même où elle se pose par l'affirmation du moi, devait échouer.

On a disputé sur la beauté, la justesse, l'élégance de ce grand coup de Descartes : ce qui est sûr est que Pyrrhon en est à moitié mort et n'a pu s'en relever.

J'essaierai à mon tour de traiter l'acataleptisme de l'Église comme Descartes a traité celui de Pyrrhon.

Je veux bien, vous dirai-je, admettre pour un moment que je suis incapable par moi-même de discerner le vrai bien et de le vouloir. Je suppose en conséquence que ma conscience, comme ma raison, est obscure ; que ma justice pourrait bien n'être qu'une inspiration de l envie ; que ce qui me semble vertu est vice déguisé ; en tout cas, que rien d'humain ne m'oblige. De sorte que, comme je ne puis avoir ni la claire vue, ni le pur amour de l'honnête, je ne saurais me vanter de les réaliser gratuitement en ma personne. L'homme s'agite, a dit avec une souveraine éloquence l'un des vôtres, et Dieu le mène. Et c'est seulement parce que Dieu le mène que le bien, un peu de bien, se retrouve au fond de l'ébullition humaine ; car, pour peu que Dieu le laissât, l'homme, si par impossible il ne produisait pas de mal, ne produirait que des actions indifférentes, ou qui, bonnes en elles-mêmes, mais dépouillées d'intelligence et de bonne intention, seraient nulles.

[English translation]

translated text...

Notes

<references />