De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/149

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[original French]

savez plus vous-même ce que vous dites. Car lorsque vous objectez que je suis incapable par moi-même de discerner le bien du mal, et plus encore d'y conformer ma conduite, en raisonnant ainsi du bien et du mal, vous supposez implicitement que j'en ai un sentiment ou une notion quelconque, par conséquent qu'il existe en moi une faculté d'appétition qui y répond; absolument comme Pyrrhon, raisonnant de la certitude, supposait implicitement la pensée, par conséquent l'être.

VIII. — Que si maintenant vous cherchez à l'existence du sens moral une explication psychologique, une raison en soi, il ne vous sera pas malaisé de la découvrir. La constitution animique de l'homme étant telle que l'instinct est subordonné à la réflexion, et que la sphère d'action de celle-ci s'agrandit sans cesse, tandis que l'instinct s'émousse et rétrograde, il en résulte que l'équilibre des affections et des appétits ne peut pas s'établir en lui de la même manière que chez les autres animaux. Il faut qu'il exerce sur les facultés que régissait l'instinct une domination proportionnelle à sa pensée même. En deux mots l'homme, parce qu'il est et devient de plus en plus intelligent, doit être d'autant plus maître de soi, animi compos : là est sa dignité. Or, telle est justement la fonction que remplit, d'abord vis-à-vis de lui-même, la conscience : c'est elle, en effet, qui établit l'ordre dans ses inclinations, dans ses besoins, dans ses passions, non seulement pour sa félicité du moment, mais pour la gloire de sa vie entière. Dans les rapports avec le prochain l'empire de la conscience n'est pas moindre : c'est elle qui régit les rapports de service, d'échange, etc., alors que l'amour ou la haine, la cupidité, le caprice ou l'indifférence, menaceraient de jeter dans ces rapports une perturbation funeste. Otez à l'âme la Justice, vous la rendez acéphale : ce n'est plus l'essence d'un homme, c'est l'essence d'une bête, une contradiction.

Non seulement donc la conscience existe en nous comme toute autre faculté, nécessitée par son objet et s'accusant par son action ; elle est la faculté souveraine que toutes les autres sont appelées à servir, comme les membres du corps servent le cerveau, tandis qu'elle-même n'en sert

[English translation]

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Notes

<references />