De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/150

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[original French]

aucune. Par son commandement absolu elle refoule toute exorbitance, assure le sujet contre les injures qu'il peut souffrir, d'un côté de la fougue de ses sens et de ses passions, d'autre part de l'incursion de ses semblables, en même temps qu'elle garantit ceux-ci des injures que ce même sujet pourrait leur faire. C'est une voix qui plaide en nous contre nous-mêmes le droit du prochain, dès que notre égoïsme fait mine de le méconnaître ; voix qui fait taire toutes les suggestions de la sensibilité, de la convoitise, de la sympathie, du sang même et du cœur. L'offense à la Justice couvre l'offense à tout autre sentiment.

Voilà pourquoi, si mon père voulait me faire violence, je tuerais mon père, malgré mon instinct filial, et je ne pécherais pas contre la Justice; si mon fils trahissait la patrie, j'immolerais mon fils, comme Brutus, et je ne pécherais pas contre la Justice; si ma mère, parjure, assassinait mon père, pour introduire dans la famille un amant, je poignarderais ma mère comme Oreste, et je ne pécherais pas contre la Justice.

La Justice est plus haute que l'affection qui nous attache à père, mère, femme, enfant, compagnon. Elle ne nous empêche pas de les aimer ; elle nous les fait aimer d'une autre manière, en vue de l'Humanité. C'est pour cela que la Justice a été faite Dieu, et que celui qui a renoncé à Dieli adore toujours la Justice, bien qu'elle ne soit autre chose que le commandement de lui vis-à-vis de lui, le principe et la loi de la dignité sociale.

De tout ce qui précède il résulte, et c'est un point sur lequel je ne puis trop fortement insister, parce qu'il constitue le fondement de la morale humaine, que la Justice ne se réduit pas à la simple notion d'un rapport déclaré parla raison pure comme nécessaire à l'ordre social; mais qu'elle est aussi le produit d'une faculté ou fonction qui a pour objet de réaliser ce rapport, et qui entre en jeu aussitôt que l'homme se trouve en présence de l'homme.

C'est ainsi, pour me servir d'une comparaison déjà faite, que l'union de l'homme et de la femme ne résulte pas seulement de la nécessité, conçue par l'entendement, de pourvoir par la génération à la conservation de l'espèce ; elle a aussi pour cause déterminante une faculté ou fonction spéciale, l'amour, et pour le service de cet amour tout un

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Notes

<references />