De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/157

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[original French]

mal il n'existe pas de différence substantielle. Il n'y a pas, dit-on avec raison, deux principes dans le monde, l'un bon, Ormuzd, l'autre mauvais, Ahrimane; deux séries de créatures, les unes bonnes en elles-mêmes et les autres méchantes; deux séries de faits dans l'humanité, ceux-ci louables par essence, et pour cela toujours de précepte, ceux-là odieux, et pour cette raison toujours défendus. Dans le système de la nature, comme dans celui des évolutions de l'humanité, les créatures et les actions, au point de vue de la Justice, sont de leur nature indifférentes : c'est la loi de l'homme, c'est sa main, qui les qualifie.

Cela étant, on demande comment ce qui est de soi indifférent à la morale peut devenir, par la main de l'agent ou par la volonté du legislateur, juste ou injuste, vertueux ou coupable; comment l'indifférence qui appartient à l'acte ne s'étendrait pas à son auteur?

L'objection, comme on verra, repose sur un sophisme des plus grossiers. Mais tout grossier qu'est ce sophisme, il n'en a pas moins fait son chemin, un immense chemin; il règne dans la théologie, dans la philosophie, dans la jurisprudence, partout; les hommes les plus honnêtes, les penseurs les plus circonspects le répètent, et ce sera un vrai service à la science de le réfuter dans les règles.

XIII. — Donnons d'abord à l'objection toute l'étendue qu'elle mérite.

En soi, c'est chose parfaitement innocente de manger ou de ne pas manger de l'anguille. Pourquoi Moïse a-t-il interdit ce comestible aux Juifs ? En quoi cette abstinence particulière intéresse-t-elle les bonnes mœurs? L'adorateur de Jébovah ne doute pas qu'il ne faille obéir à la loi; mais sa raison, le respect de lui-même, exigent qu'on lui montre que cette loi contient justice, et c'est précisément ce qu'on ne lui dit pas. Comment la manducation de l'anguille, poisson sans écailles, viole-t-elle la Justice, alors que la manducation du brochet, poisson à écailles, ne la viole pas? On dira peut-être qu'il y a là-dessous, comme pour la viande de porc, une raison de santé. A la bonne heure I Mais ne confondons pas la morale avec l'hygiène : depuis quand est-ce un péché de rompre l'abstinence prescrite par le médecin?

[English translation]

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Notes

<references />