De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/169

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[original French]

La maxime de charité passant après la maxime de Justice, il y aurait ainsi, quant aux choses et quant à la conscience, une certaine hiérarchie de droits et de devoirs. Comment se fait-il cependant que dans certains cas la maxime de charité prime le droit, et que l'homme qui agit autrement est réputé infâme?

Un pauvre diable, dont les enfants crient la faim, vole, la nuit, dans un grenier, après effraction et escalade, un pain de quatre livres. Le boulanger le fait condamner à huit ans de travaux forcés : voilà le droit. Le volé pouvait effacer le délit et-prévenir le peine en faisant volontairement au coupable don du pain : c'est ce que conseillait la charité. Par contre le même boulanger, prévenu d'avoir mis du plâtre dans son pain en guise de farine, et du vitriol pour levain, est condamné à 5 liv. d'amende : c'est la loi. Or, la conscience crie que ce trafiquant est un monstre, et la loi elle-même absurde et odieuse. D'où vient cette contradiction ?

Je réponds que la conscience n'est que juste : c'est la loi pénale, c'est l'économie sociale, la propriété et la casuistique qui ont tort.

La loi positive, autrement dire la Justice appliquée, fondée sur une appréciation telle quelle de la raison des choses, n'étant jamais qu'approximative, ne peut aller jusqu'à prévaloir contre le sens intime, appelé incessamment à la redresser. La contradiction surgit-elle ! La conscience dit et proclame que l'homme d'honneur ne doit pas attendre la définition du savant et le décret du prince : il supplée l'une et l'autre, cherche la Justice, et la pratique dans sa plénitude.

C'est en vertu de ce principe que l'Évangile, avec sa maxime de charité que quelques-uns ont de nos jours essayé de rajeunir, a fait illusion aux esprits. Cette vertu héroïque, que le Christ recommande à ses disciples, que l'Église ne cesse de prêcher, mais dont elle n'a jamais osé faire une loi, n'est autre que la compensation que les âmes généreuses apportent d'elles-mêmes à l'injustice du système; compensation méritoire parce qu'elle est volontaire, mais insuffisante tant qu'elle ne sera pas convertie par la Révolution en lien de droit, et dont l'assistance publique, l'aumône organisée, fait une hypocrisie et une honte.

[English translation]

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Notes

<references />