De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/67

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[original French]

Mais, hélas ! ce n'est pas ainsi que les choses se passent, et cette religion naïve, idéale, de bon aloi, la seule qu'un honnête homme voulût suivre, est une chimère.


XXXVII. — La condition de la foi est la parole : Fides ex auditu.

Il s'ensuit que le missionnaire qui me communique la foi est obligé, pour se faire entendre, de parler ma langue, de se mettre à l'unisson de mon intelligence, de s'appuyer sur mes idées, qui sont, aussi bien que les mots, les instruments de mon appréhension : Rationabile sit obsequium Vestrum.

Tout cela est de principe en théologie. Dieu a parlé à Abraham : en quelle langue ? En hébreu. Vous me traduirez cette révélation en grec si je suis Grec, en français si je suis Français, afin que je puisse juger de ce discours du ciel.

Qu'est-ce que Dieu a prescrit au patriarche? La circoncision. Vous expliquerez à ma raison occidentale l'importance que Dieu attachait à une cérémonie incommode, d'une utilité médiocre pour le corps, et pour la morale d'une parfaite indifférence.

Je n'élève pas d'objection sur le fait de la communication divine; je ne vais pas jusqu'à soutenir, avec David Hume, que la révélation et le miracle sont de soi choses impossibles, même à Dieu : ce serait raisonner de l'absolu, ce dont je fais profession de m'abstenir. Tout ce que j'exige de l'Eglise qui m'enseigne, c'est l'intelligibilité du discours, l'authenticité des monuments, la bonne foi de l'interprétation.

L'exposé des preuves de la religion chrétienne, c'est à dire de la plus grande manifestation de l'absolu qui aurait eu lieu parmi les hommes en dehors de la phénoménalité ordinaire, cet exposé peut-il être intelligible, surtout sincère?

Telle est la question que je me pose à cette heure, indépendamment des fins de non-recevoir développées dans mes précédentes études. Elle n'est à d'autre intention que d'assurer, contre les prestiges du mysticisme et les outrages de l'imposture, l'intégrité de mon jugement.

[English translation]

But, alas! this is not how things fell out, and that naive, ideal, authentic religion, the only one that an honest man could wish to follow, is a chimera.


XXXVII. - The condition of faith is the word: Fides ex auditu.

It follows that in order to make himself understood, the missionary who communicates his faith to me is bound to speak my language, to place himself in harmony with my intelligence, to have recourse to my ideas, which are, just as much as words, the instruments of my apprehension: Rationabile sit obsequium Vestrum.<ref>St. Paul, in Romans 12:1: "Let your submission be complete, but rational."</ref>

All this exists in principle within theology. God spoke to Abraham in what language? In Hebrew. You may translate this revelation into Greek if I am Greek, into French if I am French, so I may judge of this discourse of heaven.

What has God prescribed to the patriarch? Circumcision. You may explain to my Western reason the importance God attaches to an inconvenient ceremony, of little use for the body, and perfectly irrelevant to moral matters.

I raised no objection to the fact of divine communication, and I shall not argue, with David Hume, that revelation and miracles are impossible things to grant, even to God: this would be to reason concerning the absolute, from which I profess to abstain. All I ask that the Church teach me is the intelligibility of the discourse, the authenticity of the monuments, good faith of the interpretation.

Can the exposition of the evidence of the Christian religion -- that is to say, the greatest manifestation of the absolute to have appeared among men outside of everyday phenomenality -- be intelligible and, above all, sincere?

This is the question I ask myself at this time, regardless of the ends of the principle of inadmissibility I have set forth in previous studies. I have no other end in mind than to insure against the prestige of mysticism and the outrages of imposture, the integrity of my judgment.

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