De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/83

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/83/82 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/83/84

[original French]

science populaire, dans sa haute spontanéité, ne s'attachant qu'à l'esprit, et ne discernant point les scories mêlées à l'or pur, sanctifie le symbole plus parfait. La religion est toujours vraie dans la croyance du peuple...

La science n'est pas faite pour tous ; mais nul n'est pour cela exclu de l'idéal.

L'inégalité est la faute de la nature Marie (ce sont MM. de l'Institut) a la meilleure part, sans que pour cela Marthe (c'est le peuple) soit blâmée. Tohs ont la grâce suffisante pour faire leur salut ; tous ne sont pas appelés au même degré de perfection et de béatitude.

M. Renan, qui a composé son Histoire des langues sémitiques pour entrer à l'Académie, aurait-il publié ses Etudes d'histoire religieuse pour remercier l'Académie? Comment? Vous convenez avec tout le monde que la religion n'a point été une invention de la ruse et du despotisme, qu'elle est un produit spontané, légitime de l'âme humaine; vous admettez même, si je ne me trompe, l'existence de Dieu : et vous osez dire que la religion n'est pas faite pour le savant! Le savant est donc un monstre, ni plus ni moins que si vous prétendiez que la morale, le travail ou l'amour ne sont pas faits pour lui. De deux choses l'une : ou vous croirez et pratiquerez la religion comme le plus simple d'entre les simples, ou vous expliquerez cette grande apparition d'une manière qui s'applique à tous ; je nous défie de sortir de ce dilemme.


XLIV. — Il faut une religion au peuple, il en faut une a tout prix. Et pourquoi faut-il une religion au peuple? Parce qu'il faut que le peuple, qui n'a pas eu la bonne part, et qui, comme Marthe, doit servir, apprenne par la religion à être content de sa servitude. Voilà le secret de tout ce charabia de journaux.

Pour inculquer au peuple cette religion indispensable, on ose l'étayer d'arguments prétendus philosophiques ; on proclame, à l'exemple de l'Eglise, l'accord de la raison avec la foi ; on montre la théologie, sœur de la philosophie, plongeant, comme celle-ci, ses racines dans la métaphysique; on enseigne dans les écoles, et l'on oblige les élèves àrépéter dans leurs examens, de prétendues démonstration de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme, des peines et des récompenses de l'autre vie, du gouver-

[English translation]

popular science, in its high spontaneity, focusing only on the spirit, and not discerning the slag mixed in with the pure gold, sanctifies the most perfect symbol. Religion is always true in the belief of the people ...

Science is not for everyone, but no one is excluded from this ideal.

Inequality is the fault of nature, of which Mary (this are the gentlemen of the Institute) was the best part; Martha (the people) is not to blame. All have sufficient grace for their salvation, not everyone is called to the same degree of perfection and bliss.

Would Renan, who wrote his Histoire des Langues Sémitiques in order to enter the Academy, have published his Etudes d'histoire religieuse to thank the Academy? How? You agree with everyone that religion has not been an invention of cunning and despotism, that it is a spontaneous, legitimate product of the human soul; you admit, if I am correct, the existence of God; and then you dare say that religion is not for the learned! Your scientist is a monster, neither more nor less than if you had claimed that morality, work, or love are not made for him. One of two things: either you believe and practice religion along with the simplest of the simple, or you explain this great apparition in a way that applies to all. I challenge you to find a way out of this dilemma.


XLIV. — The people require a religion; they must have one at any price. And why do the people require a religion? Because it is necessary that the people who did not receive the better share, and who, like Martha, must serve, should learn from religion to be content with their servitude. That is the secret of all this journalistic gibberish.

In order to inculcate in the people this indispensable religion, they dare to support it with supposedly philosophical arguments; they proclaim, after the example of the Church, that the agreement between reason and faith is shown in theology, sister of philosophy, and likewise rooted in metaphysics; they teach in the schools, and they force students to repeat in their examinations, the supposed proof of the existence of God, the immortality of the soul, the penalties and rewards of the afterlife, the govern-

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