De la capacité politique des classes ouvrières/82

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[original French]

Tout à l'heure, en parlant de l'assurance, nous avons cité la loi si souvent invoquée de l'offre et de la demande. A chaque pétition de réforme, l'économie conservatrice et malthusienne ne manque jamais d'opposer la loi suprême de l'offre et de la demande: c'est son grand cheval de bataille, son dernier mot. Essayons donc d'en faire la critique, et de prouver que tout n'est pas également respectable et infaillible dans cette fameuse loi.

On désigne par offre et demande le débat contradictoire qui a lieu entre deux particuliers, l'un vendeur, l'autre acheteur, sur le prix d'une marchandise, d'un service, d'un immeuble ou de toute autre valeur.

L'économie politique enseigne, et elle démontre, que le prix exact d'un produit est une quantité indéterminable, variant de minute en minute; conséquemment que ce prix, ne pouvant être arrêté, demeure plus ou moins arbitraire, que c'est une fiction, une convention.

Le vendeur dit: Ma marchandise vaut 6 fr., en conséquence je vous l'offre pour cette somme. — Non, répond l'acheteur: Votre marchandise ne vaut que 4 fr.: je la demande à ce prix: à vous de voir s'il vous convient de me la livrer.

Il se peut que les deux interlocuteurs soient de bonne foi: dans ce cas, respectant leur propre déclaration, ils se sépareront sans rien conclure, à moins que, par des considérations particulières, ils n'en viennent à partagnr, comme on dit vulgairement, la différence, et à fixer d'un commun accord le prix de la chose à 5 fr.

Mais le plus souvent ce sont deux fripons qui cherchent à se tromper réciproquement. Le vendeur, qui sait ce que coûte de fabrication sa marchandise et quel peut en être l'usage, se dit qu'elle vaut, par exemple, 5 fr. 50. Mais il n'a garde d'avouer la vérité. Pour peu que l'état du marché, ou la simplicité du chaland l'y encourage, il en demande 6 fr. et même plus: c'est ce qu'on appelle surfaire. Pareillement l'acheteur, qui connaît son propre besoin, et qui décompose à part soi le prix de revient de l'objet, se dit: Cela

[English translation]

Earlier, in speaking of insurance, we have cited the law so often invoked of supply and of demand. To each petition for reform, conservative and Malthusian economics never fails to oppose the supreme law of supply and demand: it is its great warhorse, its last word. Thus, let us try to make the critique of it, and prove that all is not equally respectable and infallible in that famous law.

One designates by supply and demand the debate that takes place between two individuals, the one a seller, the other a buyer, on the price of a merchandise, of a service, of a immeuble or of any other value.

Political economy teaches, and it demonstrates, that the exact price of a product is an indeterminable quantity, varying from minute to minute; consequently that the price, not being able to be arrêté, remains more or less arbitrary, that it is a fiction, a convention.

The seller says: My merchandise is worth 6 fr., consequently I will supply it to you for that sum. — No, responds the seller: Your merchandise is only worth 4 fr.: I demand it at that price: à vous de voir s'il vous convient de me la livrer.

Il se peut que les deux interlocuteurs soient de bonne foi: dans ce cas, respectant leur propre déclaration, ils se sépareront sans rien conclure, à moins que, par des considérations particulières, ils n'en viennent à partagnr, comme on dit vulgairement, la différence, et à fixer d'un commun accord le prix de la chose à 5 fr.

But most often it is two fripons who seek to se tromper réciproquement. The seller, who knows the cost of the fabrication of his merchandise and for what it can be used, says to himself that it is worth, for example, 5 fr. 50. But he n'a garde d'to state the truth. Pour peu que l'état du marché, or the simplicity of the chaland l'y encourage, he demands for it 6 fr. and even more: that is what one calls surfaire. Similarly the buyer, who knows his own need, et qui décompose à part soi le prix de revient de l'objet, says to himself: That