De la capacité politique des classes ouvrières/90

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De la capacité politique des classes ouvrières/90/89 De la capacité politique des classes ouvrières/90/91

[original French]

service, ce que nous entendons exclusivement acquérir, c'est le service même, rien de plu?, rien de moins.

Mais dans l'usage ce n'est point ainsi que les choses so passent : il est une foule de circonstances 06 nous payons en sus de la valeur du produit du service demandé, tant pour le rang, la naissance, l'illustration, les titres, honneurs, dignités, la renommée, etc., du fonctionnaire. Ainsi un conseiller de Cour impériale est appointé à 4,000 fr., tandis que le président en a 15,000. Un chef de division au ministère est taxé à 15,000 fr. ; le ministre en touche 100*000. Les desservants des paroisses rurales ont été portés depuis quelques années à 800 fr. ; ajoutez 50 fr. de casuel ; les évêques reçoivent au moins 20,000 fr. Un premier sujet du Théâtre-Français ou de l'Opéra exige par an 100,000 fr. de fixe, et je ne sais combien de feux; celui qui le double aura 300 fr. par mois. La raison de ces différences? Elle est toute dans la dignité, le titre, le rang; dans je ne sais quoi de métaphysique et d'idéal, qui, loin de pouvoir être payé, répugne à la vénalité....

Pendant qu'on exagère le revenu des uns par la haute opinion qu'on se fait de leurs fonctions et de leurs personnes, un bien plus grand nombre voit réduire presqu'à rien ses salaires et sa nourriture par le mépris qu'on fait de ses services et l'état d'indignité dans lequel il est systématiquement retenu. L'un est la contre-partie de l'autre. L'aristocratie suppose la servitude : à celle-là l'opulence, à celle-ci par conséquent les privations. De tout temps le droit à son propre produit a été dénié à l'esclave : même pratique à l'égard du serf féodal, à qui le seigneur prenait jusqu'à cinq jours de travail par semaine, ne lui en laissant qu'un, car le dimanche était sacré, pour pourvoir à sa nourriture hebdomadaire. La concession faite à tout travailleur du droit de disposer de son travail et des produits de son travail date de 89. Et s'imagine-t-on qu'il n'y a plus aujourd'hui de travail servile? Je ne veux pas dire par là de travail absolument gratuit : on ne l'oserait plus; mais de travail payé au-dessous de ce qu'exi- gent l'absolu nécessaire, le simple, respect de l'humanité? Ceux qui conserveraient quelque doute à cet égard n'ont qu'à

[English translation]

service, ce que nous entendons exclusivement acquérir, c'est le service même, rien de plu?, rien de moins.

Mais dans l'usage ce n'est point ainsi que les choses so passent : il est une foule de circonstances 06 nous payons en sus de la valeur du produit du service demandé, tant pour le rang, la naissance, l'illustration, les titres, honneurs, dignités, la renommée, etc., du fonctionnaire. Ainsi un conseiller de Cour impériale est appointé à 4,000 fr., tandis que le président en a 15,000. Un chef de division au ministère est taxé à 15,000 fr. ; le ministre en touche 100*000. Les desservants des paroisses rurales ont été portés depuis quelques années à 800 fr. ; ajoutez 50 fr. de casuel ; les évêques reçoivent au moins 20,000 fr. Un premier sujet du Théâtre-Français ou de l'Opéra exige par an 100,000 fr. de fixe, et je ne sais combien de feux; celui qui le double aura 300 fr. par mois. La raison de ces différences? Elle est toute dans la dignité, le titre, le rang; dans je ne sais quoi de métaphysique et d'idéal, qui, loin de pouvoir être payé, répugne à la vénalité....

Pendant qu'on exagère le revenu des uns par la haute opinion qu'on se fait de leurs fonctions et de leurs personnes, un bien plus grand nombre voit réduire presqu'à rien ses salaires et sa nourriture par le mépris qu'on fait de ses services et l'état d'indignité dans lequel il est systématiquement retenu. L'un est la contre-partie de l'autre. L'aristocratie suppose la servitude : à celle-là l'opulence, à celle-ci par conséquent les privations. De tout temps le droit à son propre produit a été dénié à l'esclave : même pratique à l'égard du serf féodal, à qui le seigneur prenait jusqu'à cinq jours de travail par semaine, ne lui en laissant qu'un, car le dimanche était sacré, pour pourvoir à sa nourriture hebdomadaire. La concession faite à tout travailleur du droit de disposer de son travail et des produits de son travail date de 89. Et s'imagine-t-on qu'il n'y a plus aujourd'hui de travail servile? Je ne veux pas dire par là de travail absolument gratuit : on ne l'oserait plus; mais de travail payé au-dessous de ce qu'exi- gent l'absolu nécessaire, le simple, respect de l'humanité? Ceux qui conserveraient quelque doute à cet égard n'ont qu'à