Du principe de l'art/06

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Du principe de l'art/06/05 Du principe de l'art/06/07

[original French]

tique et de bon sens, qui ne sommes point initiés aux mystères de l'art, avons le droit de demander aux artistes , non pour les contredire, mais afin d'être édifiés sur ce qu'ils pensent d'eux-mêmes et sur ce qu'ils attendent de nous. Or c'est justement à quoi, depuis que ces messieurs se querellent, genus irritabile, personne ne paraît avoir clairement répondu.

Tous les deux ans, naguère c'était tous les ans, le gouvernement régale le public d'une grande exposition de peinture, statuaire, dessin, etc. Jamais l'industrie n'eut des exhibitions aussi fréquentes, et elle en jouit depuis beaucoup moins, de temps. En fait, c'est une foire d'artistes, mettant leurs produits en vente, et attendant avec anxiété les chalands. Pour ces solennités exceptionnelles, le gouvernement nomme un jury, chargé de vérifier les ouvrages qu'on lui envoie, et de désigner les meilleurs. Sur le rapport de ce jury, le gouvernement décerne des médailles d'or et d'argent, des décorations, des mentions honorables, des récompenses pécuniaires , des pensions ; il y a pour les artistes distingués, selon le talent reconnu et l'âge , des places à Rome, à l'Académie, au sénat. Tous ces frais sont acquittés par nous autres profanes, comme ceux de l'armée et des chemins vicinaux; ce qui établit une analogie de plus entre les industriels et les artistes. Cependant personne, ni dans le jury, ni à l'Académie, ni au sénat, ni à Rome, ne serait peut-être en état de

[English translation]

ctice and good sense, who are not initiated in the mysteries of art, have the right to question the artists, not in order to contradict them, but in order to be edified as to what they think of themselves and what they expect from us. However, this is precisely what nobody appears to have answered clearly for as long as these messieurs have quarreled, genus irritabile.

Every two years - they used to be every year - the government regales the public with a great exhibition of painting, sculpture, drawing, etc. Never has industry had such frequent exhibitions, and it has enjoyed them for much less time. In fact, it is a market for artists, who put their products on sale and anxiously await shoppers. The government names a jury for these exceptional solemnities, charged with reviewing the works with which they are presented and choosing the best from them. On the recommendation of this jury, the government awards money and gold medals, decorations, honorable mentions, pecuniary rewards, pensions; for the artists so distinguished, there are, according to age and recognized talent, places in Rome, at the Academy, in the Senate. All these expenses are paid for by us laymen, like those of the army and the local roads - which, moreover, establishes an analogy between industrialists and artists. However, it may be that nobody, neither in the jury, nor in the Academy, nor in the Senate, nor in Rome, would be in a position