Du principe de l'art/124

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[original French]

à leur intention particulière et pour leur propre gloire, on ne les en empêche pas; seulement, ils ne devront pas être surpris de se voir abandonnés et de s'écouter dans le désert. Quelques amateurs de leur bord leur i'eront peut-être l'aumône d'un compliment ; la multitude passera à côté d'eux sans les voir, et ils s'éteindront dans l'oubli. C'est ce qui est arrivé à E. Delacroix, que ses impressions personnelles ont abreuvé d'amertume, et qui, en suivant son inspiration particulière, a manqué la plus belle carrière qui se soit jamais offerte à un artiste.

« Delacroix, dit un de ses biographes, a fait la conquête des salons et entraîné les ministres plutôt par son esprit que par ses ouvrages. En lui, l'homme du monde a sauvé l'artiste. Loué à faux par ses meilleurs amis, insulté par ses ennemis, » il se sentait incompris, méconnu, hors de son époque, et ne trouvait de refuge contre les jugements, plus ou moins fondés, de ses contemporains, que dans la conscience mal assurée qu'il avait de son talent et dans la mélancolie de ses illusions... « A une exposition de tableaux de madame la duchesse d'Orléans, des personnes qui ne le connaissaient pas riaient en sa présence de ses meilleurs ouvrages : Voilà plus de trente ans, dit-il, le visage pâle et la voix tremblante, que je suis livré aux bêtes. — M. Vitet, de l'Académie française, comparait Delacroix à M. d'Arlincourt : Lamartine, poete aveugle,

[English translation]

according to their own ends and their own glory, we do not stand in their way; only they should not be surprised to see themselves abandoned and hear their own voices echo in the emptiness. Some amateurs on their side will perhaps give them alms as a compliment; the multitude will pass by without noticing them, and they shall lapse into oblivion. This is what happened to E. Delacroix: his personal impressions have sown bitterness; following his own individual inspiration, he has squandered what could have been the greatest career that has ever been offered to an artist.

"Delacroix," says one of his biographers, "made the conquest of exhibitions and drew the ministers by his spirit rather than his works. In him, the man of the world has saved the artist. Praised by his false friends, insulted by his enemies," he felt misunderstood, ignored, out of his time, and found refuge from the more or less well-founded judgments of his contemporaries only in his insecure awareness of his talent and the melancholy of his illusions ... "At an exhibition of the Duchesse d'Orleans' paintings, people who did not know him laughed in his presence at his best works: For over thirty years, he said, face pale and voice trembling, I have been thrown to the wolves. - M. Vitet, of the Académie Française, compared Delacroix to M. Arlincourt: Lamartine, truly a blind poet