Du principe de l'art/146

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[original French]

tout cet art classique, romantique, fantaisiste, païen, renaissance ou moyen âge ? N'est-ce pas au contraire le comble de l'irrationalité? J'admets que dans la peinture de David il y a du moins ceci de vrai : que les Grecs et les Latins que nous lisons au collége ont contribué à notre révolution ; j'admets, par la même raison, que dans les tableaux d'E. Delacroix, d'Ary Scheffer et autres, il existe cette portioncule de vérité, que pendant un temps notre littérature s'est saturée d'imitations shakespeariennes,, de réminiscences orientales et du moyen âge. Mais qui ne voit que cette espèce de vérité est un mensonge de plus ; que cette rationalité est une réduction à l'absurde, puisqu'elle nous accuse nous-mêmes dans ce que nous avons de plus intime, nos institutions, notre littérature et notre langue? Je demande donc, je demande avec instance que l'art redevienne chez nous, comme il fut jadis, un art vrai; faute de quoi il n'est pas même digne de figurer, à titre archéologique ou de transition, dans nos musées ; il n'appartient pas à l'histoire.

Je n'ai pas vu, que je me souvienne, le tableau de Léopold Robert, les Moissonneurs, mais je l'ai souvent admiré dans les gravures qu'on en a publiées, mon imagination suppléant, par ses propres inventions, à ce qui m'échappait de l'original. Eh bien, me dira-t-on, voilà de la vérité, de la réalité, avec une suffisante dose d'idéal. C'est humain, populaire; c'est na-

[English translation]

all this art, classical, romantic, fantastic, pagan, of the Renaissance and the Middle Ages? Is this not, on the contrary, the very height of irrationality? I admit that in David's painting, there is at least this much truth: that the Greeks and Romans whom we read at college have contributed to our revolution; I admit, for the same reason, that in the paintings of Delacroix, Ary Scheffer, and others, there is this litle portion of truth, that for a time, our literature was full of Shakespearean imitations, reminiscent of the oriental and the medieval. But who does not see that this kind of truth is one more lie, that this rationality is a reductio ad absurdum, since we merely impugn ourselves in that which is most fundamental to us, our institutions, our literature, and our language? I ask, I ask with instance, that art become once again for us, as it was in the past, a true art; otherwise it is not even worthy of inclusion, for its archaeological or transitional interest, in our museums; it does not belong to history.

I have not seen, as far as I can remember, Leopold Robert's painting, Return of the Reapers, but I have often admired it in the published prints, my imagination supplementing them by its own inventions that which has been left out of the original. Well, one will say to me, there is truth and reality, along with a sufficient dose of the ideal. This is human and popular; this is nature