Du principe de l'art/175

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[original French]

apogée, et la fraternité des races, conclut de là la décroissance intellectuelle, la fin de l'art et la dissolution de la société, nous sommes en droit de lui dire qu'il se jette dans la plus flagrante des contradictions.1 Il suffit, pour le lui prouver, de le rappeler aux principes : l' idéal et l'idée sont termes corrélatifs ; quand celle-ci est en mouvement, il est impossible que l'autre demeure inerte, et que la faculté qui sert à l'exprimer s'amoindrisse.

Mais il est un fait vrai, qui crée pour l'art, parvenu à ce degré de civilisation, la plus grande


1. Je ne puis croire que l'homme universel de Pascal, cet homme qui apprend toujours, qui amasse, qui ne meurt jamais, puisse vieillir et décroître. 11 peut éprouver des tourmentes, des oscillations, des mouvements de hausse et de baisse; mais dégénérer d'une façon continue, cela me parait impossible, contradictoire même. — L'humanité aura sa fin, dit-on ; la terre, qui lui a servi de berceau, doit devenir aussi sa tombe. — Je puis admettre l'usure et la caducité de la planète, — chose que j'ignore ; je puis l'admettre, parce que la planète n'est pas Esprit, Conscience et Liberté. Mais je conçois, dans ce cas, que l'humanité, soumise aux. conditions d'infertilité du sol, diminuant sans cesse de population, finisse, pour ainsi dire, volontairement, non dans la décrépitude, mais dans une haute spiritualité. Arrivé à la perfection, l'homme doit finir. Parvenu au plus haut degré de conscience, d'intelligence, de liberté, de dignité, l'homme, en présence d'une nature épuisée, usée, rebelle, inférieure à lui; l'homme, n'ayant plus à regretter sa carrière manquée, devenu Dieu, doit se mettre à l'unisson de la nécessité et léguer son âme à un monde plus jeune. L'Éternel a été glorifié en lui; Dieu s'est incarné : que la planète, globe usé, pâli, roule désormais solitaire comme la lune, jusqu'à ce qu'elle se disloque, et que ses morceaux soient recueillis par d'autres mondes.

[English translation]

peak, and the brotherhood of races, then concludes in intellectual decline, the end of art and the dissolution of society, we are entitled to tell him that he is throwing himself into the most flagrant of contradictions.1 To prove it, it shall suffice us to remind him of the principles: that the ideal and the idea are correlative terms, that when the one is in motion, it is impossible that the other should remain inert, and that the power serving for its expression should shrink.

But one fact is true: whoever creates for the sake of art, whoever has reached this level of civilization, the greatest


1. I cannot believe that Pascal's universal man, a man who always learns and grows and never dies, is capable of withering and decaying. He may face turmoil, oscillations, movements of rising and falling, but it seems impossible, even contradictory, that he should degenerate continuously. - Humanity shall have its end, they say; the earth, which served as its cradle, must become its tomb. - I can accept the wear and obsolescence of the planet - something that I do not know; I can admit it, precisely because the planet is not Spirit, Consciousness and Freedom. But I see, in this case, that humanity, subject to conditions of soil fertility, its population steadily declining, must eventually, even voluntarily, not in disrepair, but in a high spirituality. Having arrived at perfection, man must come to an end. Having attained the highest degree of consciousness, intelligence, freedom, dignity, human rights, in the presence of an exhausted, recalcitrant, worn-out nature, inferior to himself, man would no longer mourn his lost chances; having become God, he must ally himself with necessity and entrust his soul to a younger world. The Eternal has been glorified in him, God become incarnate: the planet, a tarnished, faded globe, would from then on orbit alone, like the moon, until it broke apart and its pieces were swept up by other worlds.