La Guerre et la Paix/Tome I/237

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[original French]

tout au plus! Et pourtant Marius, Sylla surent se rendront maîtres; César le devint à son tour: il y en eut pour six cents ans. De nos jours, on échappe au despotisme militaire par la monarchie constitutionnelle et héréditaire ; mais c'est à la condition, en outre, de réserver à la bourgeoisie l'exercice des droits politiques. Dès que la plèbe entre dans l'arène, elle se fait un chef selon son génie, c'est-à-dire selon sa force. Après un interrègne républicain, Cromwel succède, de par la démocratie puritaine, à Charles Ier; Bonaparte, de par la plèbe jacobinique, à Louis XVI.

Sous les empereurs romains, l'hérédité, quelque favorables qu'y fussent les soldats et le peuple, ne parvint pas à s'établir. La raison en était qu'à Rome ce n'était pas la qualité d'héritier qui servait à faire reconnaître l'empereur, c'était, au contraire, le titre d'empereur, mérité ou déjà obtenu, qui venait consacrer la filiation. Titus et Marc-Aurèle succédèrent sans difficulté, l'un à son père Vespasien, l'autre à son beau-père Antonin le Pieux. Mais Titus et Marc-Aurèle, avant d'être associés à l'empire, s'étaient illustrés par leurs services; la filiation ne servait qu'à donner à leur titre militaire une illustration de plus. Tout général victorieux, chez les Romains, était de fait et de droit imperator; si l'Auguste n'avait pour lui que sa naissance, il était rare qu'il ne succombât pas tôt ou tard devant un imperator plus réel. C'est ce qui arriva à Caligula, Néron, Commode, Élagabal, Aîexande-Sévère, Gordien jeune et autres.

Il n'y a véritablement pour un pays que deux manières de soustraire les libertés publique aux empiétements de la force et de conjurer le despotisme. C'est d'organiser, comme en Angleterre, une monarchie héréditaire, agissant par des ministres responsables devant un Parlement, et de réserver le privilège électoral à la bourgeoisie; ou

[English translation]

at most! Yet Marius and Sulla knew how to make themselves masters; Caesar became one in his turn: [il y en eut] for six hundred years. In our times, one escapes military dictatorship by constitutional and hereditary monarchy; but that is on the condition, in addition, of reserving to the bourgeoisie the exercise of political rights. As soon as the plebs enter the arena, they make a chief for themselves according to his genius, that is according to his force. After a republican interregnum, Cromwell succeeds, by puritan democracy, to Charles I; Bonaparte, jacobin plebs, to Louis XVI.

Under the Roman emperors, heredity, somewhat favorable to the soldiers and the people, failed to establish itself. The reason was that in Rome there was not the quality of being an heir which served to make the emperor recognized, it was, on the contrary, the title of emperor, earned or already obtained, which came to consecrate the filiation. Titus and Marcus Aurelius succeeded without difficulty, one to his father Vespasian, the other to his stepfather Antoninus Pius. But Titus and Marcus Aurelius, before being associated with the empire, were illustrious from their services; parentage served only to give to their military title one more illustration. Every victorious general was, among the Romans, by fact and by right imperator; if Augustus had only his birth, it was rare that he did not succumb sooner or later before an imperator more real. That is what happened to Caligula, Nero, Commodus, Elagabal, Alexander Severus, Gordien the younger and others.

There are truly only two ways for a country to shield public liberties from the encroachments of force and ward off despotism. It is to organiser, as in England, a hereditary monarchy, acting by agents responsible before a Parliament, and to reserve the electoral privilege to the bourgeoisie; or