La revanche de Proudhon

From The Libertarian Labyrinth
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from the Conclusion

[original French]

Nous avons essayé d'y substituer un système, qui, faisant une balance entre l'absolu théorique de Proudhon et le relatif pratique de l'économie courante, c'est-à-dire tout en conservant au numéraire son utilité sociale actuelle, réalisât au moyen de l'Association réciprocitaire l'équation cherchée A = A, autrement dit, assurât à tout travailleur, à quelque catégorie qu'il appartienne, le prix ou le produit intégral de son travail, et cela seulement.

Puis, nous mettant en face des réalisations déjà inconsciemment obtenues par l'application de notre formule, nous constations que ce n'était là qu'un minimum de résultats et que pour obtenir un maximum dont les bornes coïncideraient avec celles du monde économique, le Mutuellisme Pratique devait s'arrêter :

1° A un programme, d'extension qui exigerait— les formes mûtuellistes variant avec les nécessités à combattre —- de la part des praticiens, une étude préalable et profonde des conditions de chaque problême afin de trouver l'adaptation qui conviendrait exactement à leur solution ;

2° A un programme de défense dont les grandes lignes sont:

a) Neutralisation de l'Etat ;

b) Négation de la politique ;

c) Destruction du Marxisme.

Or, il s'est trouvé que le Mutuellismepratique s'est vu barrer la voie des réalisations surtout par la doctrine marxiste qui nie à peu près tout ce qu'il affirme et affirme à peu près tout ce qu'il nie. L'un ne pouvant vivre que de la mort de l'autre, le marxisme, rapidement réfuté, a été démontré n'être qu'un tissu de contradictions tenant surtout à l'étroitesse dialectique de principes, qui, poussés dans leurs déductions rectilignes, laissaient de côté des vérités évidentes vite retournées contre la théorie pour la détruire :

Ainsi en a-t-il été de la valeur utile pour la plus- value du facteur idéologique pour le Matérialisme de l'Histoire, etc.

A quoi peut donc prétendre ce dilettantisme de théoricien qui laisse faire l'évolution et compte les hommes comme de futiles unités emportées par les événements ? Au néant évidemment, puisqu'il supprime dans l'individu la volonté et l'énergie. Toutes les têtes devront se courber sous l'implacable niveau de l'Etat. Il n'y aura qu'un monde d'esclaves payés de leur tâche seulement par la stricte quantité de produits nécessaires à leur entretien et à leur reproduction.

Face à cette déprimante doctrine se dresse le Mutuellisme pratique. C'est Vidée qui secoue la matière. C'est VEnergie qui révèle l'individu à lui- même et le grandit par le travail. C'est par un labeur forcené, plus grand que l'obstacle, que l'homme a pu gagner en bien-être, en moralité et, ce qui va de pair, obtenir et grossir un capital. Par 1' « Association réciprocitaire », les travailleurs unissant leurs infimes moyens, apports de pauvres dans un fonds commun de pauvres, feront surgir, d'une coopération de misères, l'aisance la plus honnête et la plus indépendante. Disposant dès lors d'un capital estimable, facteur d'un crédit nécessaire, ils en accroîtront la vertu par une énergie montante qui multipliera les effets de leur travail coopératif. Puisque, eux seuls, ouvriers, sont force de production, alors que le capitaliste oisif ne peut faire fructifier ses capitaux sans le secours de leurs bras, il est bien évident que du jour où tous s'associeront suivant la formule muluelliste, n'ayant plus besoin du salaire payé par l'ancien employeur dont les usines seront désertées, tous les travailleurs seront, capitalistes et tous les capitalistes deviendront forcément des travailleurs. Par la RÉciprocitÉ régnera la Justice puisque tout produit appartenant priva- livement à ceux qui l'auront créé, leur sera payé à son juste prix et par la Justice une seconde religion s'élèvera : la Religion Du Travail.

Oui ! tous, nous travaillons et ce labeur général est bien en apparence le seul point commun des deux solutions antagoniques : l'une, marxiste (collectiviste) l'autre mutuelliste ;

Mais dans la première, sous la férule de l'Etat, tout le monde est salarié ;

Tandis que dans la seconde où le travail est indépendant, tout le monde est capitaliste.

Que les prolétaires jugent ces deux formules et choisissent celle qui leur convient le mieux.

Au nom de la Liberté, de la Morale, de la Justice, ils répudieront la première pour adopter la seconde.

Et ce sera la Revanche De Proudhon.

[English translation]

Nous avons essayé d'y substituer un système, qui, faisant une balance entre l'absolu théorique de Proudhon et le relatif pratique de l'économie courante, c'est-à-dire tout en conservant au numéraire son utilité sociale actuelle, réalisât au moyen de l'Association réciprocitaire l'équation cherchée A = A, autrement dit, assurât à tout travailleur, à quelque catégorie qu'il appartienne, le prix ou le produit intégral de son travail, et cela seulement.

Puis, nous mettant en face des réalisations déjà inconsciemment obtenues par l'application de notre formule, nous constations que ce n'était là qu'un minimum de résultats et que pour obtenir un maximum dont les bornes coïncideraient avec celles du monde économique, le Mutuellisme Pratique devait s'arrêter :

1° A un programme, d'extension qui exigerait— les formes mûtuellistes variant avec les nécessités à combattre —- de la part des praticiens, une étude préalable et profonde des conditions de chaque problême afin de trouver l'adaptation qui conviendrait exactement à leur solution ;

2° A un programme de défense dont les grandes lignes sont:

a) Neutralisation de l'Etat ;

b) Négation de la politique ;

c) Destruction du Marxisme.

Or, il s'est trouvé que le Mutuellismepratique s'est vu barrer la voie des réalisations surtout par la doctrine marxiste qui nie à peu près tout ce qu'il affirme et affirme à peu près tout ce qu'il nie. L'un ne pouvant vivre que de la mort de l'autre, le marxisme, rapidement réfuté, a été démontré n'être qu'un tissu de contradictions tenant surtout à l'étroitesse dialectique de principes, qui, poussés dans leurs déductions rectilignes, laissaient de côté des vérités évidentes vite retournées contre la théorie pour la détruire :

Ainsi en a-t-il été de la valeur utile pour la plus- value du facteur idéologique pour le Matérialisme de l'Histoire, etc.

A quoi peut donc prétendre ce dilettantisme de théoricien qui laisse faire l'évolution et compte les hommes comme de futiles unités emportées par les événements ? Au néant évidemment, puisqu'il supprime dans l'individu la volonté et l'énergie. Toutes les têtes devront se courber sous l'implacable niveau de l'Etat. Il n'y aura qu'un monde d'esclaves payés de leur tâche seulement par la stricte quantité de produits nécessaires à leur entretien et à leur reproduction.

Face à cette déprimante doctrine se dresse le Mutuellisme pratique. C'est Vidée qui secoue la matière. C'est VEnergie qui révèle l'individu à lui- même et le grandit par le travail. C'est par un labeur forcené, plus grand que l'obstacle, que l'homme a pu gagner en bien-être, en moralité et, ce qui va de pair, obtenir et grossir un capital. Par 1' « Association réciprocitaire », les travailleurs unissant leurs infimes moyens, apports de pauvres dans un fonds commun de pauvres, feront surgir, d'une coopération de misères, l'aisance la plus honnête et la plus indépendante. Disposant dès lors d'un capital estimable, facteur d'un crédit nécessaire, ils en accroîtront la vertu par une énergie montante qui multipliera les effets de leur travail coopératif. Puisque, eux seuls, ouvriers, sont force de production, alors que le capitaliste oisif ne peut faire fructifier ses capitaux sans le secours de leurs bras, il est bien évident que du jour où tous s'associeront suivant la formule muluelliste, n'ayant plus besoin du salaire payé par l'ancien employeur dont les usines seront désertées, tous les travailleurs seront, capitalistes et tous les capitalistes deviendront forcément des travailleurs. Justice will reign by reciprocity since every product will belong privalivement à ceux qui l'auront créé, leur sera payé à son juste prix et par la Justice une seconde religion s'élèvera : la Religion Du Travail.

Yes! tous, nous travaillons et ce labeur général est bien en apparence le seul point commun des two antagonistic solutions: the one marxist (collectivist), the other mutualist;

But in the first, under the control of the State, everyone is waged;

While in the second, where labor is independent, everyone is a capitalist.

Let the proletarians judge these two formulas and choose the one that suits them best.

In the name of Liberty, of Morals, of Justice, they will repudiate the first in order to adopt the second.

And that will be the Revenge of Proudhon.